Programme de philosophie Misha Schroetter
Bienvenue sur ma page consacrée au programme de philosophie de Terminale au lycée.
Sur cette page, vous aurez accès au programme de philosophie que j’ai compilé
afin de donner des cours. Cette page est dédiée principalement aux élèves de terminale
qui assistent à mes cours.
Pourquoi avoir fait une page internet et non un simple document Word, ou un PDF ?
Pour la simple raison que ces documents prennent de la place. Sur papier, mais
aussi dans nos boites mail, et sur les différentes plateformes, serveurs, etc. hébergés
sur des appareils physiques, des « machines », qui participent au réchauffement climatique
et qui sont, bien souvent, mal gérées.
De plus, cette page ne sera hébergée qu’une seule fois sur internet, c’est-à-dire,
localement, sur mon propre serveur physique. L’accès est aussi facilité pour tous élèves qui auraient besoin de consulter mes cours de philosophie.
Enfin, j’ai beau essayer d’utiliser des logiciels de traitement de texte,
qui sont presque toujours imposés par les institutions scolaires, ou universitaires,
ils ne permettent jamais de maîtriser le code permettant l’affichage du texte,
et son organisation. Par exemple, sur cette page, je peux facilement ajouter des éléments
interactifs à ce texte
Site de Wikipédia
Par exemple avec cette
sidenote, qui me permet d’insérer des liens vers d’autres pages web, et
de créer une forme d’interactivité, visuellement sympathique et pratique, sur version
mobile.
Cours de Philosophie
Programme de philosophie
Auteurs, notions, histoire et idées de la philosophie générale.
Introduction
Les auteurs
Les auteurs vus dans le programme de philosophie de Terminale
PDF du programme de l’éducation nationale FR
Vous trouverez le programme de philosophie officiel à cette adresse. :
L’Antiquité et le Moyen-Âge : Platon, Aristote, Zhuangzi, Épicure, Cicéron, Lucrèce,
Sénèque, Épictète, Marc Aurèle, Nāgārjuna, Sextus Empiricus, Plotin,
Augustin, Avicenne, Anselme, Averroès, Maïmonide, Thomas d’Aquin, Guillaume d’Occam.
La période moderne : Machiavel, Montaigne, Bacon, Hobbes, Descartes, Pascal,
Locke, Spinoza, Malebranche, Leibniz, Vico, Berkeley, Montesquieu, Hume, Rousseau,
Diderot, Condillac, Smith, Kant, Bentham.
La période contemporaine : Hegel, Schopenhauer, Comte, Cournot, Feuerbach,
Tocqueville, Mill, Kierkegaard, Marx, Engels, James, Nietzsche, Freud, Durkheim,
Bergson, Husserl, Weber, Alain, Marcel Mauss , Russell, Jaspers, Bachelard, Heidegger,
Wittgenstein, Benjamin, Popper (et Kuhn), Jankélévitch, Jonas, Aron, Sartre, H. Arendt,
Levinas, S. de Beauvoir, Claude Lévi-Strauss, Merleau-Ponty, S. Weil, J. Hersch, Ricœur,
E. Anscombe, I. Murdoch, Rawls, Simondon, Foucault, Putnam.
Les notions
L’art | Le bonheur | La conscience |
Le devoir | L’État | L’inconscient |
La justice | Le langage | La liberté |
La nature/culture | La raison | La religion |
La science | La technique | Le temps |
Le travail | La vérité |
Frise chronologique
En cliquant sur ce lien vous trouverez une frise chronologique de l’Histoire de la philosophie.
Non seulement les auteurs du programme y sont listés, mais une grande partie des
auteurs de la philosophie du monde entier aussi. Cette frise est à consulter avec
discernement à propos de son contenu. En effet, elle vous donnera un visuel et une ergonomie
très simple à lire et employer. Mais les informations qui y sont inscrites sont sommaires, et
arbitraires, et la frise n’est pas faite dans le but d’enseigner la philosophie dans
un cadre institutionnel, comme celui du lycée. Servez-vous en bien, en faisant attention.
Site frise chronologique des philosophes
Les auteurs de l’Antiquité
Platon (427-347 av. J.-C.)
Les dialogues
Platon écrivit des ouvrages basés sur le dialogue
Dialogue : Étymologie : Du latin dialogus, provenant
lui-même du grec ancien διάλογος dialogos (« discussion »).
Dia, signifie la division, ou en core : traverser ;
Logique : Du latin logicus (« raisonnable »), emprunté au grec λογικός,
logikos (« raisonnable, rationnel ») dérivé de λόγος, logos (« raison », « discours »)…
Voir étymologie de « dialogue » sur Wikipédia.
Trois types de dialogues sont identifiés chez Platon par les historiens :
1. Les dialogues de jeunesse : (dits encore socratiques), Ils sont
écrits afin de faire référence à Socrate, suivant la manière dont Socrate interrogeait
dans le but de pousser ses interlocuteurs à reconnaitre leurs préjugés. On appelle aussi
cette méthode « la méthode socratique d’examen ».
Ouvrages : Hippias majeur, Apologie de Socrate, Protagoras, Gorgias, etc.
2. Les dialogues de la maturité : C’est l’Académie de Platon, basée sur la théorie des essences.
Ouvrages : Phédon, Banquet, Phèdre, République, etc.
3. Les dialogues de la vieillesse : sont des dialogues en fin de vie de Platon.
Celui-ci revient sur ses dernières œuvres écrites dans les « dialogues de la maturité ».
Il y fera des modifications, ne parlera que très peu de Socrate, et c’est une remise en
question de sa propre philosophie qu’écrira Platon dans ces ouvrages.
Ouvrage : Parménide, Théétète, Sophiste, Politique, Timée, Philèbe, Les lois, etc.
Afin de connaître un des dialogues les plus important concernant Socrate et l’art du dialogue, c’est la citation
du temple d’Apollon à Delphes, « Connais toi, toi-même ».
Voir le texte complet en PDF d’Alcibiade
Savoir et être
Platon distingue généralement deux type de « connaissances » : le savoir et l’être.
Savoir : « (…)c’est dépasser la diversité et la versatilité des
opinions humaines et ramener la multiplicité des choses à l’unité d’une définition
universelle. » (Dictionnaire de la Philosophie Hatier, 2011)
Être :« (…) l’être en soi des choses n’existe pas dans notre expérience sensible, laquelle
est soumise au devenir ; le monde sensible est le monde du changement, de la multiplicité et de la diversité.
Il est connu non par la science, mais par l’opinion, dont il a les mêmes caractères. »
(Dictionnaire de la Philosophie Hatier, 2011)
Platon considère alors que pour que le savoir soit possible, il faut l’objectiver.
Il crée alors un « autre monde », c’est en tout cas comme ceci que la philosophie
le nomme, « le monde des idées ».
Idée est une traduction du mot Eidos en Grec ancien :
εἶδος qui veut dire « forme », mais qui est un dérivé du verbe Eido : εἴδω, qui veut
dire « voir ».
Voir étymologie de « Eidos » sur Wikipédia
La dialectique
La dialectique chez Platon, c’est une façon de penser, de réfléchir.
Comme ce mot l’indique, la dialectique est basée sur le dialogue, le dialogue intérieur.
Faire de la dialectique de la raison, c’est penser en dialoguant avec soi-même,
de façon déductive (voir Popper pour la définition de la déduction, contre l’induction).
Le principe est celui de démonter nos idées jusqu’à la source essentielle de l’Idée
(Eidos). C’est une démarche rationnelle
Le mot « rationnel » vient de son origine latine « Ratio »,
qui s’est aussi développé en rationner, ratifier, c’est-à-dire : compter, calculer..
Maïeutique et Réminiscence
La maïeutique est l’art d’amener quelqu’un à accoucher d’une idée. Ce mot,
« Maïeutique » vient du grec ancien : μαιευτική, maieutikế (« obstétrique »).
Si nous prenons Platon au mot, la Maïeutique est un synonyme de la connaissance,
puisque la Réminiscence est une manière de se ressouvenir. L’idée que Platon développe,
avec la maïeutique, c’est celle de renaître, après avoir passé un temps dans le
monde des idées, donc revenir de l’essence même des choses. Aujourd’hui cette pensée
revient à la méthode de questionnement socratique, celle qu’il appliqua aux sophistes.
Mais la maïeutique implique peut-être une renaissance autre que seule celle du passage
de la raison à la réalisation de celle-ci. Le monde des idées de Platon, d’où
nous tirerions nos connaissances, pourrait aussi être interprété comme une forme de
métaphysique.
Métaphysique : est composé de « meta » = au-delà, et de
« physique » = nature, en grec ancien
Aristote (384-322 av. J.-C.)
Aristote fut l’élève de Platon à l’Académie. Le roi de Macédoine lui demanda
d’être l’enseignant de son fils : Alexandre le Grand. Une fois cela fait il fondera
son école qu’il nommera le Lycée. Aristote laissa une grande œuvre philosophique
qui fut utile aux futures philosophes, mais aussi au clergé, aux théologiens.
Forme et matière, acte et puissance
Aristote avait une méthode empirique
L’empirisme vient du verbe « empirer », qui peut être entendu comme souffrir
de quelque chose, mais qui vient simplement du sens de « faire l’expérience de quelque chose ».
Quand on parle de méthode empirique, cela veut dire que la méthode nous amène à faire l’expérience
sensible de quelque chose. qui s’oppose à la méthode de son ancien maître, Platon. Le « réel »
est toujours une préoccupation pour le philosophe, mais c’est par l’expérience de celui-ci qu’Aristote
cherchera dans sa philosophie. Le philosophe distinguera deux aspects des choses :
la forme et la matière.
La forme sera le résultat d’une matière mise en forme, et la matière, comme
son nom l’indique, sera ce qui constitue la chose. La forme existera « en acte », Energia.
La matière est alors le « sujet du changement » (Hatier, 2011), elle n’est pas déterminée,
elle est puissance Dunamis, une virtualité.
La logique et le syllogisme
On attribut à Aristote la logique et un outil que l’on nomme le « syllogisme »
Syllogisme est emprunté au grec συλλογισμός, composé de σύν (syn, « avec ») et λόγος (logos,
« parole », « discours », « fable », « bruit », « lettres »)2. Le sens de logos à utiliser est tout simplement parole
(désignant ici une proposition). Syllogisme signifie donc littéralement « parole (qui va) avec (une autre) ».
Page Wikipédia de syllogisme .
Le syllogisme signifie vulgairement, faire une conclusion. La conclusion doit être « logique », c’est-à-dire de
« bonne foi » intellectuelle. Pourquoi la bonne foi intellectuelle est de rigueur ? Car les conclusions
faites à partir du syllogisme peuvent être détournées et faussées par un esprit malin, et donc faire
d’une pensée logique, un sophisme.
Exemple de sophisme : « Dans l’emmental, il y a des trous. Plus il y a d’emmental, plus il y a de trous.
Plus il y a de trous, moins il y a d’emmental. Donc plus il y a d’emmental, moins il y a d’emmental. »
Exemple de syllogisme : « Tous les hommes sont mortels, or Socrate est un homme ;
donc Socrate est mortel »
Les deux prémisses (dites « majeure » et « mineure ») sont des propositions
données et supposées vraies, le syllogisme permettant d’établir la validité formelle de la conclusion,
qui est nécessairement vraie si les prémisses sont vraies (voir
Page Wikipédia de syllogisme).
En conclusion de cette partie, le syllogisme se base sur une pensée logique et honnête, car elle cherche,
comme chez Platon, avec la maïeutique, à atteindre la vérité. Ici cette vérité s’appuie sur la réalité et se sert de
la raison pour en « déduire » une vérité. À l’opposé, Platon se basait sur l’esprit seul, afin de toucher du
doigt la vérité.
La métaphysique
La métaphysique d’Aristote n’est pas la métaphysique dans son sens étymologique
Métaphysique : est composé de « meta » = au-delà, et de
« physique » = nature, en grec ancien.. Aristote ne parla pas de sa pensée métaphysique comme une métaphysique, il ne
la nommait pas ainsi, ce sont ses successeurs qui le firent. Alors pourquoi parler de la métaphysique en parlant de l’œuvre
d’Aristote ? Car ce travail s’appuya sur une pensée qui interrogeait la notion d' »Être ». Et cette pensée se mettait
en opposition avec ses écrits à propos de la physique, que nous verrons juste après. Pour Aristote, sa métaphysique
questionnait la notion « d’être en tant qu’être ». Ceux sont les qualités de l’être que cherchait à comprendre
Aristote, nous le pourquoi du comment de l’être. Cette idée fut rapprochée de la théologie, c’est-à-dire de la
« science du divin », ou l’étude de la religion théoriquement, et spirituellement. Quand les objectifs sont de l’esprit,
et non rationnels, ils peuvent être qualifiés de métaphysiques.
La Métaphysique, science de l’Être en tant qu’être
« Il y a une science qui étudie l’Être en tant qu’être, et les attributs qui lui appartiennent essentiellement. Elle ne se confond avec aucune des sciences dites particulières, car aucune de ces autres sciences ne considère en général l’Être en tant qu’Être, mais, découpant une certaine partie de l’Être, c’est seulement de cette partie qu’elles étudient l’attribut : tel est le cas des sciences mathématiques. Et puisque nous recherchons les principes premiers et les causes les plus élevées, il est évident qu’il existe nécessairement quelque réalité à laquelle ces principes et ces causes appartiennent en vertu de sa nature propre. Si donc ceux qui cherchaient les éléments des êtres cherchaient, en fait, les principes absolument premiers, ces éléments qu’ils cherchaient étaient nécessairement aussi les éléments de l’Être en tant qu’être, et non de l’être par accident. C’est pourquoi nous devons, nous aussi, appréhender les causes premières de l’Être en tant qu’être. » La Métaphysique, Aristote. PDF de l’ouvrage complet.
La physique
L’étude de la physique chez Aristote est l’étude du monde dans ce qu’il est d’imparfait. C’est l’observation « scientifique »
du mouvement, de la vie dans son espace temps. Le monde parfaitement ordonné serait un monde immobile, et par acception « mort ».
Plus précisément, Aristote étudia un « modèle cosmologique »
Le modèle standard de la cosmologie1 est le nom donné au modèle cosmologique qui décrit à l’heure actuelle
de la façon la plus satisfaisante les grandes étapes de l’histoire de l’univers observable ainsi que son contenu actuel
tels qu’ils sont révélés par les observations astronomiques.
PDF de Jean-Christophe Hamilton, astrophysicien , une forme de représentation du monde dans lequel nous visons.
Dans cosmologique il y a « cosmos » qui signifie, en latin et emprunté au grec : tout simplement « monde ». Mais de quel monde parle-t-on ?
Parle-t-on de la terre ? Non, le monde ici est une « écologie », cela signifie un milieu. Le milieu, ici compris comme un contexte
où le vivant se déroule. « Monde » est comparé à des « sphères », idées métaphysiques, mais à l’époque d’Aristote il n’était pas
évident de séparer les choses de l’être.
En quelques mots, la physique d’Aristote est une physique dans son sens d’observation du vivant dans son milieu.
La morale et la politique
Les études d’Aristote sur la politique impliquent une morale. C’est le regard que le philosophe porte sur l’Homme qui influencera
sa vision de la politique. Ici nous sommes face à une nouvelle échelle de philosophie chez l’auteur, l’échelle sociale, ou de la
société. Le « Bien », est une quête pour Aristote, une quête humaine d’accomplissement de sa vie. La politique est la vie dans la cité,
ce qui veut dire qu’Aristote use de son regard de « physicien » afin d’observer l’Homme en société. L’auteur développera un regard
critique de la société, de la vie dans la cité, dans le champ de sa vision empirique. C’est-à-dire, qu’il considérera la politique
se basant sur l’évolution de l’Homme sociale, dans le temps, et non d’une idée de la cité parfaite comme le faisait Platon.
Les écrits principaux d’Aristote : Organon, Métaphysique, Physique, Les Politiques, Etique à Nicomaque.
Epictète (50-130 apr. J.-C.)
Epictète est classé comme stoïcien. Ce nom vient du mot « stoïque », qui signifie sans mouvement, inanimé.
Il ne faut pas se méprendre quant à l’idée de l’immobilité des stoïciens qu’on qualifie trop souvent
de personnes qui ne veulent pas ressentir quoi que ce soit. Le stoïcisme n’est pas un refoulement des émotions,
ou un refoulement de nos réactions naturelles. Les stoïciens suivent un chemin personnel où ils s’amènent
eux-mêmes à un état évolué de rapport au monde. C’est-à-dire qu’ils ne réagissent plus aux stimuli extérieurs,
aux stimuli du monde qui les entours, de leur milieu, car ils ont construit un monde intérieur riche, où ils ne
dépendent plus des contraintes de ce milieu.
La liberté
Résumée par « ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous », la liberté chez Epictète est souvent expliquée
par une « morale », mais à le lire directement, nous pourrions ici parler plus d’une étique de vie que d’une morale.
La différence entre la morale et l’étique vient de la distinction entre la règle pour la morale, et la conduite
pour l’étique.
La philosophie d’Epictète combine la liberté et la volonté d’être heureux : « Si tu le veux, tu es libre » (Epictète,
Les Entretiens ). « (…) »Ce qui dépend de nous », c’est tout le domaine de nos opinions, pensées, jugements,
représentations, volontés, désirs, aversions ; « ce qui ne dépend pas de nous », ce sont le corps, la beauté, la santé,
la richesse, les honneurs. (…) Seul ce qui dépend de nous est vraiment nôtre : ce domaine a trait au bien ou au mal.
Hors de nous, rien ne peut être bon ni mauvais, ni utile, ni nuisible. Tout est indifférent. » (Hatier, 2011)
Les ouvrages
Les ouvrages principaux d’Epictète sont : Entretiens, Manuel (vers 130)
Marc-Aurèle (121-180 apr. J.-C.)
Marc-Aurèle fut adopté par l’empereur Antonin afin de lui succéder et devint empereur après lui. Il est un
cas rare dans l’Histoire, à être empereur et philosophe. Romain, il écrira une douzaine de livres en Grec,
Pensées pour moi-même.
Anecdote pour les cinéphiles : Marc-Aurèle apparait dans le film
Gladiator, il est l’empereur qui voulait
donner son règne, après sa mort au gladiateur joué par Russell Crowe, alias Maximus Decimus Meridius.
Marc-Aurèle est un héritier des stoïciens, lui-même considéré comme tel.
Le génie intérieur
Le philosophe stoïcien reste stoïcien et ne fera pas école, comme ses prédécesseurs. Néanmoins,
Marc-Aurèle prolongera la pensée stoïcienne. Continuant donc, sur les postulats des stoïciens, à propos
du monde intérieur et du monde extérieur, et couplant celui-ci avec le recule que l’auteur avait des
autres écoles de l’antiquité grecque, comme Héraclite, Platon, Aristote, etc.
Marc-Aurèle nous donna une idée encore plus universelle de la place de l’Homme dans le cosmos.
XXI
« Il faut vivre avec les Dieux. C’est vivre avec les Dieux que de leur montrer sans cesse une âme satisfaite de son partage, obéissant à tous les ordres du génie qui est son gouverneur et son guide : don de Jupiter, émanation de sa nature. Ce génie, c’est l’intelligence et la raison de chaque homme. » (Marc-Aurèle, trad. 1875, p. 187-203)
XXII
« Dans un instant, tu ne seras plus que de la cendre, un squelette, un nom, ou pas même un nom. Et le nom n’est qu’un bruit, qu’un écho ! Ce que nous estimons tant dans la vie n’est que vide, que pourriture, petitesse : des chiens qui mordent, des enfants qui se battent, qui pleurent, qui rient bientôt après. La foi, la pudeur, la justice et la vérité ont, pour l’Olympe, laissé la terre spacieuse. Qu’y a-t-il donc qui te retienne ici-bas ? » (Idem)
Cette dichotomie entre l’immortalité divine du génie qu’a l’Homme et sa mortalité corporelle rassemble
l’idée que l’auteur a, en tant que stoïcien, d’une différence d’approche du monde, entre un intérieur de
l’esprit immortel, divin, et un milieu naturel fini. Choisir le point de vue intérieur, face aux préoccupations d’un
monde extérieur fini, permet à la philosophie de Marc-Aurèle de nous guider vers une liberté infinie, celle
de l’esprit.
L’ouvrage de Marc-Aurèle
L’ouvrage de Marc-Aurèle est principalement : Pensée pour moi-même.
Saint Augustin (354-430)
La religion
Augustin choisit la religion chrétienne. Ce choix libre, dut une manière pour lui-même de se libérer du monde du désir,
de l’envie, et de se libérer des pulsions qui pouvaient le rendre esclave. Dieu, ou l’absolu, fut pour lui une religion,
dans son sens étymologique d’être « relié à » verticalement
Le mot religion a une étymologie des plus floues. Si on fait la recherche, son premier sens est celui de
Diligo, signifiant « soigner » ou « choisir ». Cette première étymologie s’oppose à la superstition, qui est la perte de
l’esprit, la croyance non choisie, celle que nous subissons. St Augustin fit un choix, car il se convertit. Les étymologies
de « rassembler » et de « lier », ou « relier à », vinrent plus tard avec Religere et Religare.
Page Wikipédia de l’étymologie de Religion
, entre son intérieur et Dieu. C’est en ce sens que la transition
entre le stoïcisme et St Augustin existe. Sa « conversion » fut une un retour sur lui-même.
Le temps
La notion de temps chez St Augustin n’est pas simple à comprendre puisque les traductions mélangent le signifiant quand
ceux-ci traduisent l’âme et l’esprit. Passer outre ces traductions, dans les Confessions de St Augustin, celui-ci s’exprime,
en latin, à propos du temps, dans le chapitre XXI, au 28e versé. C’est dans une perspective proto relativiste, qu’Augustin parle
du passé, du présent et du futur. Sans employer le mot « conscience », il l’a défini. C’est en parlant d' »esprit » que l’auteur parle
de la conscience dans ce texte. Ce qu’il faut retenir, c’est que la philosophe pense le temps par rapport à la prise de conscience
que nous avons du passé, qui est toujours présent pour l’esprit (la conscience), dans le souvenir de ce passé, et toujours par
l’esprit, que nous avons l’idée que le futur arrivera et finira par passer. Le futur et le passé se rencontrent, et le présent
est l’attention. La durée est alors comprise dans son texte, la durée que nous accordons à un événement passé, puisque le
présent se vit et le passé s’inscrit en nous, dans notre mémoire.
« L’esprit attend, il est attentif et il se souvient. L’objet de son attente passe par son attention et se change en souvenir. Qui donc ose nier que le futur ne soit pas encore ? Cependant l’attente du futur est déjà dans l’esprit. Et qui conteste que le passé ne soit plus ? Pourtant le souvenir du passé est encore dans l’esprit. Y-a-t-il enfin quelqu’un pour nier que le présent n’ait point d’étendue, puisqu’il n’est qu’un point évanescent ? Mais elle dure, l’attention par laquelle ce qui être son objet, tend à ne l’être plus. Ainsi ce qui est long, ce n’est pas l’avenir : il n’existe pas. Un long avenir, ce n’est pas une longue attente de l’avenir. Un long passé, c’est un long souvenir du passé. » (Saint Augustin, Flammarion, 1964, p. 278)
La morale
On attribue à St Augustin les notions de bien et de mal. Pourtant, ce serait un raccourci que de considérer qu’il y a explicitement
le mal et le bien, pour l’auteur, mais pour les précédents philosophes que nous avons vus. Augustin considérait, d’un point de vue
chrétien, certes, une différence entre ce qu’il appelait : la cité terrestre et la cité céleste. Il qualifia Bien, la cité céleste
et qualifia Mal la cité terrestre. Néanmoins, ils restent cité terrestre et cité céleste, et non bien et mal.
Il faut comprendre le caractère négatif de la cité terrestre dans la compréhension que ce qui est terrestre, et matériel,
c’est l’amour de soi. Cet amour égoïste, nous rend seul, et nous limite à l’expérience d’une vie finie, où tous nos
accomplissements ne seront que personnels, et donc nuls, puisqu’ils finiront dans la tombe, et que cette quête est un non-sens
pour l’existence humaine.
L’amour de Dieu est absolu, et donc infini. St Augustin s’exprime ainsi :
« La « cité terrestre » procède de la perversion de la volonté, puisqu’elle prend pour principe « l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu« . La « cité céleste » au contraire, fondée sur « l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi« , regroupe toutes les nations qui respectent Dieu et vivent sous sa loi : elle réunit les justes par-delà les frontières et « jusqu’aux extrémités de la terre ». » (Hatier, 2011)
Les principaux écrits de Saint Augustin : Confessions, De la Trinité, La cité de Dieu.
Claude Levi-Strauss
Professeur agrégé de philosophie et enseignant au début des années 1930, Claude Lévi-Strauss se tourne à partir de 1935 vers l’ethnologie,
dont il va faire son métier. Après ses premiers travaux de terrain sur les peuples indigènes du Brésil entre 1935 et 1939, il est contraint
de s’exiler en 1941 à New York ; où il rencontre de grandes figures des sciences humaines et sociales, dont le phonologue russe Roman
Jakobson, auprès de qui il s’initie aux principes de l’analyse structurale et de la linguistique moderne. À partir de cette découverte
décisive qu’il choisit d’appliquer à la parenté, il élabore les principes de l’anthropologie structurale, en rupture radicale avec les
courants alors dominants en ethno-anthropologie (évolutionnisme, diffusionnisme, culturalisme, fonctionnalisme) : il cherche à expliquer
la société et ses manifestations comme un tout doté d’une cohérence interne autorégulée, échappant à la conscience des individus.
À son retour en France, il soutient et publie en 1949 sa thèse sur Les Structures élémentaires de la parenté, première application
de sa méthode novatrice, qui lui apporte une notoriété précoce parmi les anthropologues de nombreux pays
Voir l’article Wikipédia à propos de Claude Lévi-Strauss :
Page Wiki de l’auteur
.
Le structuralisme
Une méthode de connaissance : l’analyse structurale.
Création d’une « théorie » en science sociale. Méthode basée sur la linguistique structurale et la phonologie.
Analyse des mythes, de la pensée et des symboles. Le but du structuralisme serait de « (…) contribuer
à une « meilleure connaissance de la pensée objectivée et de ses mécanismes » ou encore d’élaborer un
« inventaire des enceintes mentales ». De plus, Lévi-Strauss voulait démontrer que « (…) l’esprit
accomplit des opérations qui ne diffèrent pas en nature de celles qui se déroulent dans le monde
depuis le commencement du temps » (Lévi-Strauss, 1983).
L’esprit est une chose difficile à définir, il faut donc contextualiser son utilisation.
Pour Lévi-Strauss, l’esprit sera le synonyme de la pensée. L’esprit, ici, est employé pour parler
d’une psyché, mais non une psyché à problème, plutôt une psyché teintée d’une histoire, d’un passé,
et Lévi-Strauss reviendra souvent sur l’importance de l’Histoire pour comprendre une civilisation,
une société, un groupe. Si ce groupe observé n’a pas d’Histoire, c’est-à-dire de chroniques
documentées et surtout d’écriture, ce sera une « histoire courte », mais toujours présente, que
l’ethnographe devra connaître et apprendre sur son terrain.
Le structuralisme linguistique
(voir la notion de langage )
Ferdinand de Saussure
Ferdinand de Saussure, né à Genève le 26 novembre 1857 et mort à Vufflens-le-Château le 22 février 1913, est un linguiste suisse. Reconnu comme le précurseur du structuralisme en linguistique, il s’est aussi distingué par ses travaux sur les langues indo-européennes. Il n’est pas possible de parler de l’anthropologie structurale sans parler du structuralisme en linguistique. Saussure est le linguiste qui développa ce qui se nomme le structuralisme, idée reprise par Lévi-Strauss et développée dans un champ anthropologique. C’est la démarche de Saussure à propos du lien entre la pensée et la parole qui intéressa Claude Lévi-Strauss, et les notions de signifié, signifiant et de référent. Voici des images simples qui permettent de visualiser l’idée qui rassemble ces trois concepts :


Ce que le structuralisme a apporté à la linguistique et à l’enseignement des langues,
c’est une structure complexe qui permet de lier différentes notions de linguistique.
Par exemple, la syntaxe, c’est-à-dire, une forme de grammaire, la composition d’une phrase,
la sémantique : le sens des mots, ainsi que la phonologie, etc.
La pensée est toujours liée à la langue, à la façon dont nous nous exprimons, c’est-à-dire,
comment nos idées personnelles sont communiquées vers les autres, de notre for intérieur aux autres.
Enfin, c’est notre langue qui nous permet de nous représenter notre réalité. Le structuralisme
anthropologique s’est inspiré de la linguistique pour ses systèmes logiques expliquant les langues.
Ceux sont des systèmes logiques, mathématiques et complexes que Lévi-Strauss développera lui aussi,
appliqués cette fois-ci à la culture, au social, etc. comme avec la parenté par exemple.
Le structuralisme critiqué
La critique au structuralisme comme étant un formalisme, est une critique que Lévi-Strauss a reçu assez souvent pour écrire, dans son deuxième tome Anthropologie structurale deux (Lévi-Strauss, 1973), une réponse à cette critique. L’Anthropologie structurale deux est un ouvrage qui fut publié 15 ans après l’Anthropologie structurale (Lévi-Strauss, 1958). En voici sa réponse :
« Les tenants de l’analyse structurale en linguistique et en anthropologie sont souvent accusés de formalisme Voir l’article à propos d’Aristote, qui est considéré comme le père du formalisme :
Aristote . C’est oublier que le formalisme existe comme une doctrine indépendante, dont, sans renier ce qu’il lui doit, le structuralisme se sépare en raison des attitudes très différentes que les deux écoles adoptent envers le concret. À l’inverse du formalisme, le structuralisme refuse d’opposer le concret à l’abstrait, et de reconnaître au second une valeur privilégiée. La forme se définit par opposition à une matière qui lui est étrangère ; mais la structure n’a pas de contenu distinct : elle est le contenu même, appréhendé dans une organisation logique conçue comme propriété du réel. »
Claude Lévi-Strauss, \textit{Anthropologie structurale deux}, Plon, Paris, 1973, p. 140
Conclusion
Afin de mieux comprendre le structuralisme de Lévi-Strauss je vous conseille de lire la notion de
nature et de culture. Plusieurs citations de Lévi-Strauss s’y trouvent et
une histoire de l’anthropologie culturaliste y est exposée. Connaître les antécédents paradigmatiques
du structuralisme permet de mieux situer ce courant de pensée.
L’ambition de Lévi-Strauss de scientifiser l’anthropologie culturelle et sociale démarra bien,
mais finit tout de même par s’autolimiter en logifiant les relations sociales. La déviance
principale du structuralisme fut dans sa tentative de tout mettre dans des cases, et de
mathématiser les cultures et les relations sociales. Il ne me semble pas, pourtant, que
décrire une structure fige la structure. Cela est vrai le temps de la description, mais
c’est aussi une façon de penser ce que nous observons.
La perspective structuraliste est une perspective universaliste, qui, considéra le lien entre la
pensée de l’Homme, une forme d’inconscient commun entre les Hommes, son environnement et sa culture,
donc son Histoire. Ce courant de pensé n’est pas mort, il donna naissance à d’autres anthropologies,
qui, ne sont plus seulement rattachées à la psychanalyse du début du XXème siècle, mais qui
aujourd’hui se trouvent complétées par l’anthropologie cognitive, les neurosciences, et les
anthropologues comme Tim Ingold qui continue de regarder l’être humain dans une pensée globalisante,
entretenant cette vision que l’autre est un autre nous-même en puissance.
Marcel Mauss

Marcel Mauss est né à Épinal en 1872 et meure à Paris en 1950. Neveu d’Émile Dur- kheim.
« À la différence de Durkheim et de bon nombre de ses amis, collègues et collabo- rateurs de la revue L’année Sociologique, à la rédaction de laquelle il participera dès sa fondation en 1898, Mauss n’a pas été élève à l’École Normale Supérieure (ENS). Agrégé de philosophie en 1893, il refuse un poste d’enseignant à Bordeau et vient s’installer à Paris, où il s’initie à l’anthropologie en lisant les œuvres de J.G. Frazer et de E.B. Tylor Pierre Bonté, Michel Izard, sous la direction de, Dictionnaire de l’Ethnologie et de l’Anthropologie, Quadrige PUF, Paris, 2004, p. 456 . »
Marcel Mauss était un centre névralgique pour les sciences humaines. Il était un homme
de contacts, c’est-à-dire qu’il communiquait énormément avec les intellectuels de son temps,
passa un temps fou à exposer les travaux des scientifiques des sciences humaines disparues
lors de la première guerre mondiale, et n’écrivit que peu de choses, en tout cas aucun ouvrage
complet. Comment fut-il devenu si connu et aujourd’hui encore cette référence dont on parle
encore ? De plus, Mauss n’a jamais été sur le terrain, il était, ce que certains nomment, un
anthropologue de cabinet. Les écrits que nous lui connaissons, sont soit des « essais », comme
Essai sur le don, ou alors des conférences retranscrites comme les Techniques du corps.
Marcel Mauss était donc considéré comme une personne intuitive, qui chercha dans tous les
sens, à propos de moult différents objets de recherche, en commençant par la religion, d’où
une thèse sur la prière qu’il ne finira jamais, et il ne reçut donc jamais le grade de docteur,
et de professeur des universités non plus.
Une compilation de ses écrits se trouve publiée sous la forme d’un ouvrage posthume : Sociologie
et Anthropologie où l’on retrouve : Essai sur le don, forme et raison de l’échange
dans les sociétés archaïques, son Esquisse d’une théorie générale sur la magie, Les techniques
du corps, Morphologie sociale, etc.
« Nous ne définissons pas la magie par la forme de ses rites, mais par les conditions dans lesquelles ils se produisent et qui marquent la place qu’ils occupent dans l’ensemble des habitudes sociales Marcel Mauss, Sociologie et Anthropologie, Quadrige/PUF, Paris, 1995, premier éd. 1950. »
Citations de Marcel Mauss :
« Quand une science naturelle fait des progrès, elle ne les fait jamais que dans le sens du concret, et toujours dans le sens de l’inconnu. Or, l’inconnu se trouve aux frontières des sciences, là où les professeurs « se mangent entre eux », comme dit Goethe (je dis mange, mais Goethe n’est pas si poli). » » P. 365
« Il y a toujours un moment où la science de certains faits n’étant pas encore ré- duite en concepts, ces faits n’étant pas même groupés organiquement, on plante sur ces masses de faits le jalon d’ignorance : « Divers ». C’est là qu’il faut péné- trer. On est sûr que c’est là qu’il y a des vérités à trouver : d’abord parce qu’on sait qu’on ne sait pas, et parce qu’on a le sens vif de la quantité de faits. P.365 Je savais bien que la marche, la nage, par exemple, toutes sortes de choses de ce type sont spécifiques à des sociétés déterminées ; que les Polynésiens ne nagent pas comme nous, que ma génération n’a pas nagé comme la génération actuelle nage. Mais quels phénomènes sociaux étaient-ce ? C’étaient des phénomènes sociaux « divers » et, comme cette rubrique est une horreur, j’ai souvent pensé à ce « divers », au moins chaque fois que j’ai été obligé d’en parler, et souvent entre temps. » » P. 366 (notion de technique du corps)
« Les actes rituels, au contraire, sont, par essence, capables de produire autre chose que des conventions ; ils sont éminemment efficaces ; ils sont créateurs ; ils font. Les rites magiques sont même plus particulièrement conçus comme tels ; à tel point qu’ils ont souvent tiré leur nom de ce caractère effectif : dans l’Inde, le mot qui correspond le mieux au mot rite est celui de karman, actes ; l’envoûtement est même le factum, krtyâ par exemple ; mot allemand de Zauber a le même sens étymologique ; d’autres langues encore emploient pour désigner la magie des mots dont la racine signifie faire. » P. 11 (définition de la magie)
Marcel Mauss, Sociologie et Anthropologie, Quadrige/PUF, Paris, 1995, premier éd. 1950
La politique et le « don – contre don » dans le Potlatch
Le Potlatch
« L’obligation de donner est l’essence du potlatch. Un chef doit donner des potlatchs, pour lui-même, pour son fils, son gendre ou sa fille, pour ses morts. Il ne conserve son autorité sur sa tribu et sur son village, voire sur sa famille, il ne maintient son rang entre chefs nationalement et internationalement – que s’il prouve qu’il est hanté et favorisé des esprits et de la fortune, qu’il est possédé par elle et qu’il la possède ; et il ne peut prouver cette fortune qu’en la dépensant, en la distribuant, en humiliant les autres, en les mettant « à l’ombre de son nom. » Le noble kwakiutl et haïda a exactement la même notion de la « face » que le lettré ou l’officier chinois. On dit de l’un des grands chefs mythiques qui ne donnaient pas de potlatch qu’il avait la « face pourrie ». Même l’expression est ici plus exacte qu’en Chine. Car, au Nord-ouest américain, perdre le prestige, c’est bien perdre l’âme : c’est vraiment la « face », c’est le masque de danse, le droit d’incarner un esprit, de porter un blason, un totem, c’est vraiment la persona, qui sont ainsi mis en jeu, qu’on perd au potlatch, au jeu des dons comme on peut les perdre à la guerre ou par une faute rituelle. »
Mauss commence donc son écrit par nous dire, le don n’est pas du
donnant, donnant, non plus qu’il est un rapport commercial. Le don est un lien, une relation et
même une invitation à la relation avec l’autre.
« Je n’ai jamais trouvé d’homme si généreux
et si large à nourrir ses hôtes
que « recevoir ne fût pas reçu »,
ni d’homme si avare
de son bien
que recevoir en retour lui fût désagréable. »
Marcel Mauss, « Essai sur le don Essaie sur le don en téléchargement sur cette page « , Extrait de l’Année Sociologique, seconde série, 1923-1924, tome I, p. 5.
Ceci est la première chose que nous pouvons lire dans l’essai sur le don de Mauss. Cette citation amène, d’emblée, un certain choc intellectuel, surtout en tant que personne de culture libérale.
« Avec des armes et des vêtements
les amis doivent se faire plaisir ;
chacun le sait de par lui-même (par ses propres expériences)
Ceux qui se rendent mutuellement les cadeaux
sont le plus longtemps amis,
si les choses réussissent à prendre bonne tournure.
On doit être un ami
pour son ami
et rendre cadeau pour cadeau
on doit avoir
rire pour rire
et dol pour mensonge.
Tu le sais, si tu as un ami
en qui tu as confiance
et si tu veux obtenir un bon résultat,
il faut mêler ton âme à la sienne
et échanger les cadeaux
et lui rendre souvent visite.
Mais si tu en as un autre
de qui tu te défies
et si tu veux arriver à un bon résultat,
il faut lui dire de belles paroles
mais avoir des pensées fausses
et rendre dol pour mensonge.
Il en est ainsi de celui
en qui tu n’as pas confiance
et dont tu suspectes les sentiments,
il faut lui sourire
mais parler contre cœur
les cadeaux rendus doivent être semblables aux cadeaux reçus.
Les hommes généreux et valeureux
ont la meilleure vie ;
ils n’ont point de crainte.
Mais un poltron a peur de tout ;
l’avare a toujours peur des cadeaux. »
Comment vous sentez-vous vis-à-vis de ces strophes poétiques ?
Voici la problématique exposée par Mauss lui-même sous forme de question :
« Quelle est la règle de droit et d’intérêt qui, dans les sociétés de type arriéré ou archaïque, fait que le présent reçu est obligatoirement rendu ? Quelle force y a-t-il dans la chose qu’on donne qui fait que le donataire la rend ? »
Ensuite :
« (…) le marché est un phénomène humain qui selon nous n’est étranger à aucune société connue, – mais dont le régime d’échange est différent du nôtre. »
Cette phrase semble anodine, mais elle est en réalité une véritable avancée pour l’ethnologie.
Nous sommes déjà loin des paradigmes anthropologiques discriminatoires, comme
avec l’évolutionnisme par exemple. Ici, pas de hiérarchie, seulement des questions posées
dans un but universaliste certes, mais ne mettant en avant que des différences géographiques
ou historiques.
Voilà pour la problématique et pour la méthode employée dans l’analyse de Mauss. Les
règles du don, révélatrices de relations dans le temps, la durée et d’une dynamique sociale :
« Il reste pour comprendre complètement l’institution de la prestation totale et du potlatch, à chercher l’explication des deux autres moments qui sont complémentaires de celui-là ; car la prestation totale n’emporte pas seulement l’obligation de rendre les cadeaux reçus ; mais elle en suppose deux autres aussi importantes : obligation d’en faire, d’une part, obligation d’en recevoir, de l’autre. La théorie complète de ces trois obligations, de ces trois thèmes du même complexus, donnerait l’explication fondamentale satisfaisante de cette forme du contrat entre clans polynésiens. Pour le moment, nous ne pouvons qu’indiquer la façon de traiter le sujet. »
Ici, Mauss frôle une forme de structuralisme, dans son sens de structure de l’esprit dans
l’échange, le don, des sociétés observées. L’obligation de faire des cadeaux et l’obligation
d’en recevoir, sont des aspects relationnels, une forme d’éthique de vie. Ici point de loi, non
officiellement en tout cas, mais une forme d’obligation. Je vous rappelle la différence entre
l’obligation et la contrainte : être l’obligé de quelqu’un est un engagement, la contrainte,
elle, est une nécessité, c’est-à-dire que des circonstances extérieures force l’action.
Mais pourquoi recevoir est une obligation ? Car Mauss nous présente dans son essai,
une dynamique sociale qui crée la relation, et où accepter un don, un cadeau, n’est pas
seulement accepter l’objet du présent. C’est aussi accepter une relation que de recevoir un
don. « Les bons comptes font les bons amis » n’a jamais autant perdu de son sens et sonné
aussi faux.
Qu’en pensez-vous ?
« L’obligation de recevoir ne contraint pas moins. On n’a pas le droit de refuser un don, de refuser le potlatch. Agir ainsi c’est manifester qu’on craint d’avoir à rendre, c’est craindre d’être « aplati » tant qu’on n’a pas rendu. En réalité, c’est être « aplati » déjà. C’est « perdre le poids » de son nom ; c’est ou s’avouer vaincu d’avance, ou, au contraire, dans certains cas, se proclamer vainqueur et invincible. »
La dimension de combat, bataille, conflit, existe aussi toujours, non seulement dans le Potlatch, mais aussi dans les rapports sociaux de don contre don, où finalement, dans le milieu du travail, c’est une sorte de guerre pour faire sa place, pour briller en société et gagner du prestige et des faveurs au sein du groupe. Des stratégies sont mises en place, et le plus intelligent gagne finalement. L’exemple du Potlatch est un exemple à part, bien sûr, qui est une organisation suivant des règles, une morale et donc des lois, et les conséquences sont beaucoup plus directes quand les règles de celui-ci ne sont pas respectées.
« L’obligation de rendre est tout le potlatch, dans la mesure où il ne consiste pas en pure destruction. Ces destructions, elles, très souvent sacrificielles et bénéficiaires pour les esprits, n’ont pas, semble-t-il, besoin d’être toutes rendues sans condition, surtout quand elles sont œuvre d’un chef supérieur dans le clan ou d’un chef d’un clan déjà reconnu supérieur. Mais normalement le potlatch doit toujours être rendu de façon usuraire et même tout don doit être rendu de façon usuraire. Les taux sont en général de 30 à 100 pour 100 par an, même si pour un service rendu un sujet reçoit une couverture de son chef, il lui en rendra deux à l’occasion du mariage de la famille du chef, de l’intronisation du fils du chef, etc. Il est vrai que celui-ci à son tour lui redistribuera tous les biens qu’il obtiendra dans les prochains potlatchs où les clans opposés lui rendront ses bienfaits. L’obligation de rendre dignement est impérative. On perd la « face » à jamais si on ne rend pas, ou si on ne détruit pas les valeurs équivalentes. La sanction de l’obligation de rendre est l’esclavage pour dette. »
Maus fini son essai sur le don sur une conclusion :
« Ainsi, d’un bout à l’autre de l’évolution humaine, il n’y a pas deux sagesses. Qu’on adopte donc comme principe de notre vie ce qui a toujours été un principe et le sera toujours : sortir de soi, donner, librement et obligatoirement ; on ne risque pas de se tromper. Un beau proverbe maori le dit :
Ko Maru kai atu
Ko Maru kai mai
ka ngohe ngohe.
« Donne autant que tu prends, tout sera très bien. » »

L’école française d’anthropologie
L’école française n’existe que pour signifier qu’à la même époque de grands paradigmes
anthropologiques comme le culturalisme américain, le fonctionnalisme du Royaume-Uni et
le diffusionnisme allemand, en France, l’anthropologie se constituait, et existait déjà. S’il
y a une sociologie française, avec Durkheim et Compte, l’ethnologie s’est développée au
travers des moyens coloniaux et des missions chrétiennes, pour petit à petit prendre son
indépendance en s’institutionnalisant. Mauss est toujours la figure de proue de cette période
que l’on nomme l’école française d’anthropologie, ou d’ethnologie, ethnologie étant le terme
contemporain de cette époque.
Anthropologie physique est une anthropologie basée sur la muséologie, Griaule et sa
mission Dakar-Djibouti, transcontinentale, collecte pour le musée, muséologie française.
Anthropologie symbolique Griaule toujours, avec ses écrits sur la société Dogon,
religion, système de représentation de la réalité.
Ethnofiction Griaule crée des récits romancés basés sur ses observations, en fait des
éléments anthropologiques. Premier documentaire, docu-fiction, film de Griaule, puis
de son disciple Jean Rouch Les maîtres fou.
Le courant philosophique et sociologique Les élèves de Durkheim, Lévy-Bruhl, philosophe,
Marcel Mauss socio-anthropologue. Institut d’ethnologie de l’université de
Paris, créé par Levy-Bruhl et succédé dans sa direction par Mauss.
Notions de Marcel Mauss L’Essai sur le don de Mauss fut donc une inspiration pour
les anthropologues qui lui apportèrent leur matière première, données de leurs observations,
comme Malinowski lui-même. Evans-Pritchard se servit lui aussi de l’apport théorique de Mauss
dans son Essai sur le don.
Pour conclure, l’anthropologie française s’est développée suivant ces différents courants.
Les anthropologues français qui ont succédé à Mauss, Griaule, Leenhardt, Rivet, etc. se
sont tous inspirés de ces auteurs, partant dans diverses directions et créant leurs propres
paradigmes anthropologiques, comme le structuralisme de Claude Lévi-Strauss, dans la succession
de Lévy-Bruhl, Durkheim et Mauss, et de l’anthropologie dynamique, de Balandier,
africaniste, succédant à la pensée de Griaule. Les divisions qui existaient lors des débuts de
l’ethnologie française, philosophique et « physique », restera jusqu’à une redivisions des courants
anthropologiques post-structuralistes ou dynamiques, qui aujourd’hui font leur chemin.
Les notions
L’art | Le bonheur | La conscience |
Le devoir | L’État | L’inconscient |
La justice | Le langage | La liberté |
La nature/culture | La raison | La religion |
La science | La technique | Le temps |
Le travail | La vérité |
L’art

Définition
Le mot « art » vient du latin ars, lui-même venant du grec τέχνη, technê
Voir la notion de technê en philosophie :
Page Wiki de Technê
.
L’art s’apparente alors autant à la technique, au savoir-faire, à la création artistique et à l’objectif du beau.
Le premier sens du mot art vient de l’artisan, c’est la pratique de celui-ci. L’artisan maitrise des arts particuliers.
L’artiste lui est vu comme une personne ayant un talent, du génie, dans un art en particulier, il est considéré comme pouvant atteindre
le beau
Voir la notion de Bien chez Platon qu’il considère comme un absolu, synonyme de vérité et de savoir.
Synonyme de Beau chez Platon
.
Citations
« Considère-le toi-même: si c’était à notre regard, comme à un homme, que l’inscription donnât ce conseil «Vois-toi toi-même», comment comprendrions-nous le sens de ce précepte ? Ne serait-ce pas, pour notre œil, de porter son regard sur ce qui permettrait à l’œil, en le regardant, de se voir lui- même ? »
Platon, Alcibiade
« Le hasard aime l’art, l’art aime le hasard »
Aristote
Les ouvrages de référence
Kant : Critique de la faculté de juger
Hegel : Esthétiques
Claude Lévi-Strauss : La pensée sauvage et « Anthropologie structurale 2 »
Walter Benjamin : Essai, II, « L’Œuvre d’art à l’ère de sa reproductibilité technique »
Le bonheur
Définition
Le bonheur est un état durable de bien-être. Il est parfois confondu avec le plaisir ou la joie, qui pourtant sont différents.
Le bonheur s’apparente le plus souvent à une quête qui concerne le genre humain dans son ensemble. L’étymologie du mot « bonheur » n’est pas si
évidente, car le mot latin serait augurium, qui est l’étymologie directe d’augure, comme « sous de bons augures », donc liée à la
fortune ou à la chance. Le français du mot « bonheur » se compose de « bon » et « heur ». « Bon » s’oppose à « mal », de « malheur », « heur » quant à lui
viendrait de eur ou our ou encore aur, venant cette fois-ci directement du mot « augure ». Le bonheur serait alors une
manière de dire « de bon augure ».
Le jeu de mots connu avec bonheur nous indique le présent, car être heureux ce serait être à la bonne heure, et le présent signifiant
aussi le cadeau.
Chez Platon, le bonheur est une conséquence de la connaissance de soi, reprenant les discours de Socrate à propos des vertus de l’âme
qui, une fois développées permettrait à l’être d’être heureux dans la cité, dans la société.
Le plaisir est différent du bonheur, car le plaisir est lié à une forme consumérisme de vivre des moments de plaisir, des moments positifs
qui sont immédiats, et donc en lien avec les « affaires », avoir, les biens matériels, etc.
La joie est l’inverse du plaisir, la joie émanerait de l’être, venant de l’intérieur et n’ayant aucune condition extérieure pour exister.
Chez Spinoza la joie serait un sentiment qui accompagne le passage à une plus grande perfection, et qui témoigne
de notre participation accrue à la nature divine. (Hatier, 2011)
Citations
« Socrate : Concluons donc, excellent Alcibiade, qu’une tyrannie, tu dois t’abstenir de la préparer, ni pour toi-même, ni pour ton pays, si vous voulez, l’un et l’autre, être heureux, mais ce doit être la vertu. Alcibiade : Tu dis vrai ! »
Platon, Alcibiade
« Puisque toute connaissance, tout choix délibéré aspire à quelque bien, voyons quel est selon nous le bien où tend la Politique, autrement dit quel est de tous les biens réalisables celui qui est le Bien suprême. Sur son nom, en tout cas, la plupart des hommes sont pratiquement d’accord : c’est le bonheur, au dire de la foule aussi bien que des gens cultivés ; tous assimilent le fait de bien vivre et de réussir au fait d’être heureux. Par contre, en ce qui concerne la nature du bonheur, on ne s’entend plus, et les réponses de la foule ne ressemblent pas à celles des sages. Les uns, en effet, identifient le bonheur à quelque chose d’apparent et de visible, comme le plaisir, la richesse ou l’honneur : pour les uns c’est une chose et pour les autres une autre chose ; souvent le même homme change d’avis à son sujet : malade, il place le bonheur dans la santé, et pauvre, dans la richesse ; à d’autres moments, quand on a conscience de sa propre ignorance, on admire ceux qui tiennent des discours élevés et dépassant notre portée. Certains, enfin, pensent qu’en dehors de tous ces biens multiples il y a un autre bien qui existe par soi et qui est pour tous ces biens-là cause de leur bonté. Passer en revue la totalité de ces opinions est sans doute assez vain ; il suffit de s’arrêter à celles qui sont le plus répandues ou qui paraissent avoir quelque fondement rationnel. »
Aristote, Éthique à Nicomaque (ouvrage complet ici)
Les ouvrages de référence
Aristote, Éthique à Nicomaque
(ouvrage complet ici)
Platon, Alcibiade
Epicure, Lettre à Ménéccée
Sénèque, De la vie heureuse
Spinoza, Ethique
Alain, Propos sur le bonheur
La conscience

Définition
La conscience, qui vient de « con », qui signifie en latin : « avec » et « science », qui amène la notion de sciemment, finalement consciemment.
La conscience, est alors chez l’être humain, un regard éclairé sur ce qu’il vit. La conscience crée le temps, mais surtout le passé, puisque
la « prise de conscience » est un éclairage de ce que nous avons vécu. La conscience est souvent associée à la présence. Ceci s’explique
par la dimension d’éclairage sur ce que nous vivons, mais la conscience est différente de la présence, car cette dernière est vécue sans mot,
dans le moment présent. Penser, est une forme de conscience, mais la présence totale se différencie de la conscience par ce
« moment présent d’éveil », où l’expérience sensible ne laisse place à aucun mot, aucune pensée, seulement le vivant.
Ici, c’est la phénoménologie
Voir la notion de phénoménologie sur Wikipédia.
Article, définition
qu’il faut interroger afin de comprendre cette notion. Maurice Merleau-Ponty
est un philosophe qui écrit : Phénoménologie de la perception. L’auteur nous permet de théoriser le lien qui existe entre sentir
et en avoir conscience. La conscience intellectualise, mentalise ce que nous vivons. Nous pouvons parler de l’ensemble « corps-mental ».
La dernière vision de la notion de conscience est une notion venant du latin : la bonne conscience, ou la mauvaise conscience, une
conscience morale. C’est Gemini le cricket dans Pinocchio. Nous sommes ici dans un apprentissage moral chez l’enfant de bois, qui apparait
conscient et doué de parole, de façon magique, et qui n’a pas eu d’éducation morale.
Citations
« Sans doute la connaissance m’apprend bien que la sensation n’aurait pas lieu sans une adaptation de mon corps, par exemple qu’il n’y aurait pas de contact déterminé sans un mouvement de ma main. Mais cette activité se déroule à la périphérie de mon être, je n’ai pas plus conscience d’être le vrai sujet de ma sensation que de ma naissance ou de ma mort. Ni ma naissance ni ma mort ne peuvent m’apparaître comme des expériences miennes, puisque, si je les pensais ainsi, je me supposerais préexistant ou survivant à moi-même pour pouvoir les éprouver et je ne penserais donc pas ma naissance ou ma mort pour de bon. Je ne puis donc me saisir que comme « déjà né » et « encore vivant », – saisir ma naissance et ma mort que comme des horizons prépersonnels : je sais qu’on naît et qu’on meurt, mais je ne puis connaître ma naissance et ma mort. Chaque sensation, étant à la rigueur la première, la dernière et la seule de son espèce, est une naissance et une mort. »
Maurice Merleau-Ponty
Les ouvrages de référence
Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception
René Descartes, Méditations métaphysiques
Edmund Husserl, Méditations cartésiennes
Le devoir
Définition
Citations
Les ouvrages de référence
L’État
Définition
Citations
Les ouvrages de référence
L’inconscient

Définition
L’inconscient peut s’entendre de deux façons : L’absence de conscience et un concept venant de la psychanalyse, de Freud. Le sens commun
lui donne la définition de ce qui est fait sans peser les conséquences de nos actions : « Est-ce que tu es inconscient ? », par exemple.
Choisir cette définition de l’inconscience ne serait pas très juste dans un cadre philosophique qui comprend aujourd’hui la psychanalyse
dans la pensée philosophique.
L’inconscient sera alors considéré à partir d’une vision de la psychologie. Nous verrons tout de même, dans les citations, comment d’autres
auteurs l’entendaient avant Freud. Selon Freud, l’inconscient serait une hypothèse constituant le postulat de base de la psychanalyse.
Il faut contextualiser la psychanalyse
Voir la psychanalyse sur Wikipédia.
Article, définition
et son « invention ». Freud traitait des malades atteints « d’hystérie », mal touchant les femmes et les
stigmatisait. C’est-à-dire qu’à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, les femmes étaient largement considérées plus proche d’unie état de
« nature », que les hommes, et cela était à l’époque justifié par maintes théories saugrenues, basées sur des observations sans fondements
théoriques solides. Les féministes se battirent de nombreuses années afin que nous considérions les femmes à l’égal des hommes, cela comprenait
aussi le diagnostic médical, pour le corps et la psychologie.
Freud fut l’un des premiers médecins chercheurs qui accorda plus de crédit au mal psychologique des femmes, et en les contenant pas
uniquement à l’hystérie, malgré son usage du mot. L’hystérie devint alors un terme médical qu’il fallait travailler, et la psychanalyse
apparue dans cette recherche, dissipant, petit à petit, la place du grossier diagnostique de l’hystérie
Voir la notion d’hystérie sur Wikipédia.
Article, définition
.
L’inconscient n’est pas un concept simple, c’est un complexe intellectuel qui fut développé, par Freud, mais aussi par d’autres
psychologues, psychiatres et psychanalyse connus, tel que Lacan et Jung par exemple. L’inconscient est compris vulgairement comme étant la
source des maux psychologiques. Ceci serait réduire l’importance de ce concept. En effet, l’inconscient est vu comme un complexe psychologique
qui ferait agir le patient et tout être humain, d’une façon non consciente, c’est-à-dire sans le choix du libre arbitre. L’être humain qui
agirait inconsciemment serait alors l’esclave de ses propres schémas d’habitus
Voir la notion d’habitus sur Wikipédia.
Article, définition
, schémas psychologiques dont le patient n’aurait pas idée.
Ce que nous nommons ici l’habitus, est une analogie qui signifierait que nous aurions une activité de vie, dans nos mouvements,
dans notre façon de parler, de faire en général, qui induirait le fait que la plupart de nos actions soient programmées. Les psychanalystes
parlent de « processus inconscients », ici pour reprendre Jung dans son commentaire de la fleur d’or. La psychanalyse propose donc une thérapeutique
basée sur une forme de maïeutique platonicienne, c’est-à-dire de dialogue, mais surtout d’une introspection pour le patient, guidée par
le psychanalyste. Ce n’est pas à proprement parlé de la maïeutique, aucune référence chez les psychanalystes n’y fait référence, ou peu et
de façon anecdotique, mais ce rapprochement théorique nous permet de comprendre que le traitement psychanalytique se fait par l’ouverture
des schémas inconscient du patient. Comment ? En questionnant ceux-ci, en prenant le temps, avec le soutien du psychanalyste, de prendre
conscience de ces mêmes mécanismes.
Pour les phénoménologistes, ou les sciences cognitives, les processus inconscients sont inévitables dans la psyché humaine. Vivre
une vie supra-consciente nous mènerait à une vie déconnectée de la vie sociale, de la société. Les constructions inconscientes que les
patients vivent mal en psychanalyse, sont des processus inconscients gênants, qui rendent la vie du patient difficile et souffrante.
Tous les processus inconscients ne sont pas nocifs, beaucoup sont nécessaires à la vie. Marcher, pour ne prendre que cet exemple,
est fondé sur une construction sociale et culturelle, devenant un processus, une forme de programme que nous employons pour marcher
sans y penser :
Citations
« Une pensée ne vient que quand elle veut, et non pas quand c’est moi qui veux; de sorte que c’est une altération des faits de prétendre que le sujet moi est la condition de l’attribut « Je pense ». Quelque chose pense, mais croire que ce quelque chose est l’antique et fameux moi, c’est une pure supposition. »
Nietzsche, Par-delà bien et mal (1886)« Je ne l’abandonnai pourtant pas sans en avoir tiré des conclusions décisives : la preuve était faite que les souvenirs oubliés ne sont pas perdus, qu’ils restent en la possession du malade, prêts à surgir, associés à ce qu’il sait encore. Mais il existe une force qui les empêche de devenir conscients. L’existence de cette force peut être considérée comme certaine, car on sent un effort quand on essaie de ramener à la conscience les souvenirs inconscients. Cette force, qui maintient l’état morbide, on l’éprouve comme une résistance opposée par le malade. »
Freud, Cinq leçons sur la psychanalyse, (1909) Ouvrage complet.
Cinq leçons sur la psychanalyse
Les ouvrages de référence
Nietzsche, Par-delà bien et mal, (1886)
Freud, Cinq leçons sur la psychanalyse, (1909)
Bergson, Matière et Mémoire, (1896)
La justice
Définition
Citations
Les ouvrages de référence
Le langage

Définition
Avant toute chose, j’aimerais m’arrêter sur le mot langage, qui s’orthographie « langage », sans « u »,
alors qu’en anglais il s’orthographie avec un « u » : language. Le langage est un mot qui nous
vient du mot « langue » et comme ce mot l’indique, de la langue anatomique, mais aussi de la langue
parlée. Le langage se distingue pourtant de la langue, car elle détermine la capacité humaine de
communiquer, que ce soit avec des signes ou une langue.
Le langage est chez l’Homme une faculté importante de son intellect, reflétant son intelligence
et sa pensée. Nous l’avons vu avec Platon, la logique, base de la maïeutique et
donc de la question, ou de l’auto-question, permettant la connaissance de soit, que le langage permet
la communication avec l’autre. C’est la dimension sociale qui est importante ici avec cette notion. De
plus, communiquer pour communiquer n’est pas le seul résultat du langage, toujours avec la maïeutique,
c’est la capacité de toucher l’autre qui est encore plus importante. Si questionner quelqu’un, lui
permettrait de se questionner lui-même, c’est la pensée qui peut être induite chez l’autre, grâce à la
pensée.
La rhétorique d’Aristote, se basant sur la logique grecque, à fait du langage
une arme, permettant de convaincre et de manipuler l’autre.
Même chose chez Freud, et la notion d’inconscient.
En effet, la psychanalyse est basée sur une thérapeutique de la question et de la parole, les mots
permettant de remonter vers les sources inconscientes des maux des patients du psychanalyste.
Les langues
« Les langues sont l’expression de la faculté de langage propre à l’espèce humaine. À l’aide de symboles vocaux, les membres d’un groupe s’expriment, communiquent et agissent. Un ensemble fini d’éléments phoniques dépourvus de sens constitue un autre ensemble non clos d’éléments significatifs. Ces deux systèmes définissent ensemble des signes arbitraires relativement au monde extérieur et en forment un substitut autonome. »
Dictionnaire Bonte et Izart.
Emile Benveniste exprime l’idée que le classement sémantique est plus important que la manifestation d’une langue, c’est-à-dire de ses formes. La sémantique signifie : « signifier », c’est à dire, le sens des mots. Le mot signifier, lui-même indique le « signe », la direction d’une intention de communication.
« En étudiant ces formes, leur sélection, leur groupement, leur organisation propre, nous pouvons induire la nature et la forme du problème intralinguistique auquel elles répondent »
Benveniste, Problèmes de linguistique générale, 1966.
Nous l’avions vu dans l’article sur Claude Lévi-Strauss, dans la section
sur le structuralisme linguistique, que la langue est faite de signifié,
signifiant et de référents, d’après Saussure. Les langues sont le sujet des cultures. Nous l’avions
vu aussi, que ce qui compose une culture la langue en fait partie. Cette langue, particulière à
des pensées partagées par les membres d’un groupe d’individus, témoigne des représentations que ces
membres se font de leur réalité, du réel.
Le corps dans son ensemble est mis en œuvre dans la communication et donc dans le langage. C’est
pourquoi pour parler une langue sans accent, il faut devenir quelqu’un d’autre, prendre des habitudes
différentes, une gestuelle différentes et « jouer le jeu ».
Beaucoup de Français n’aiment pas perdre leur accent. Ce n’est pas qu’ils n’y arrivent pas, c’est
qu’ils ne le veulent pas. Parler une autre langue, c’est vivre avec des natifs de cette même langue,
sans cela il est difficile de capter la musique et la dynamique d’une langue. Mais c’est aussi perdre
une part de notre identité. On ne peut pas rester français lorsqu’on perle anglais, il faut choisir,
être Américain ou Anglais, mais pas français avec ses « r », ses « ze », etc.
La langue concerne la culture, la pensée et met en avant une forme de diversité, de point de vue,
de façon de vivre. La grammaire est aussi importante pour comprendre la logique de la personne qui
parle. Car en effet, s’il est facile de s’entendre en philosophie lorsque nous parlons de « phrases
logiques », il est tout de suite plus compliqué de voir une logique dans une langue qui n’a pas de base
latine ou grecque, comme avec le chinois.
Jean-François Billeter, un linguiste suisse s’exprime à ce propos, et sur le point précis de
l’application de la mauvaise grammaire au mandarin, car ce concept n’est pas nécessaire dans
cette langue :
« Quand ils (les grammairiens chinois) se sont mis à rédiger des grammaires, dans le passe récent, ils ont plaqué sur leur langue celle du latin, puis celles de langues occidentales vivantes, de l’anglais en premier lieu. Il en est résulté une cote mal taillée qui ne les gêne pas parce que, ils n’ont pas besoin du raisonnement grammatical aujourd’hui que par le passé. Elle est par contre une camisole de force pour les étrangers qui apprennent le chinois : elle les contraint sans leur montrer le fonctionnement véritable de cette langue. »
Jean-François Billeter, Les Gestes du Chinois, 2021
Ici c’est la gestuelle, la nature même d’une langue qui a amené Billeter à créer des cours de mandarin où il essaya, avec sa femme qui est chinoise, à transmettre le chinois le plus naturellement possible, c’est à dire culturellement. C’est le paradoxe des sinophones, et surtout des Occidentaux qui apprennent le mandarin lorsqu’ils arrivent en Chine pour la première fois. C’est la facilité avec laquelle les Chinois parlent entre eux et surtout comment ils rendent simple le mandarin, là où lorsque vous apprenez intellectuellement cette langue, elle est de loin beaucoup trop compliquée.
L’écriture
Là où la parole en chinois est simple, la plupart du temps, sauf dans des registres et des contextes
où la langue témoigne d’une haute éducation, l’écriture est bien différente.
« Le boucher Ding dépeça un bœuf devant le prince Wenhuei. Les mouvements de ses mains, épaules, pieds et genoux, au son du coutelas qui tranchait et de la viande qui s’abattait sur l’étal, évoquaient la danse La Mûreraie et le rythme de Coiffes de plumes.
– Le prince Wenhui dit en suffoquant : « Magnifique ! Comment as-tu pu atteindre une pareille maîtrise [技] ? » Le boucher déposa son coutelas et répondit :
– Ce qu’aime votre serviteur, c’est la Voie [道]. Elle me fait progresser dans mon art [技]. Lorsque je commençai à découper des buffles, je ne voyais rien d’autre qu’un buffle. Trois ans plus tard, je ne le regardais plus en entier. C’est désormais l’esprit [神] de votre serviteur, pas ses sens [知], qui est à l’œuvre. Mes sens [知] sont inactifs, mon esprit [神] agit. Je me conforme aux lois de la nature, attaque aux interstices, sépare aux principales jointures, en suivant la constitution naturelle [理]. La règle de l’art est de ne pas attaquer aux tendons, et encore moins aux gros os.
Un bon boucher coupe et change de coutelas une fois l’an. Ses confrères brisent et utilisent un coutelas par mois. Votre serviteur utilise le même coutelas depuis dix-neuf ans. J’ai découpé des milliers de buffles mais mon coutelas tranche comme s’il venait d’être affûté. Toute articulation présente un vide, le fil d’un coutelas n’a pas d’épaisseur. Ce qui n’a pas d’épaisseur pénètre dans ce qui est vide. Par cette ruse, le fil a plus de place que nécessaire. C’est pourquoi, après dix-neuf ans, mon coutelas tranche comme s’il venait d’être affûté. J’observe cependant où réside le problème chaque fois que je rencontre une articulation, tempère ma crainte, fixe mon regard, ralentis mon geste, déplace à peine mon coutelas et divise aussitôt comme s’il s’agissait d’une motte de terre. Je pose mon coutelas et me dresse, regarde, immobile et satisfait, des quatre côtés, nettoie mon coutelas et le range.
– Le prince Wenhui commenta : « Magnifique ! Je puis, grâce aux paroles de ce boucher, conserver ma vie ! »
Traduction de Jean-Jacques Lafitte, Le rêve du papillon – Tchouang Tseu, chapitre III
Cette partie de texte de Zhuāngzǐ, 莊子, suscite différentes interprétations et donc traductions. Ceci se comprend très bien lorsque nous comparons les différentes propositions des traducteurs dans ce tableau :
Terme Chinois | Léon Wieger | Liou Kia-Hway | Jean-François
Billeter |
Jean Levi | Romain
Graziani |
技 (jì) | L’habileté | L’art | La technique | La virtuosité
L’habileté technique |
La technique |
道 (dào) | Le principe | Le Tao | Le | L’être intime
des choses |
La façon dont
marchent les choses |
神 (shén) | Mon esprit
Ma volonté |
Mon esprit | Mon esprit | Appréhension
intuitive L’esprit |
L’esprit |
知 (zhī) | Mes sens | Mes sens | Mes sens | Mes sens | Le savoir de
mes sens |
理 (lǐ) | Les lignes
naturelles |
La
conformation naturelle |
Les
linéaments |
Les
linéaments |
La structure
interne |
Citations
« Ce qui fait que les bêtes ne parlent pas comme nous est qu’elles n’ont aucune pensée et non pas que les organes leur manquent. »
Descartes
« Le langage le plus énergique est celui où le signe a tout dit avant qu’on parle. »
Rousseau
« Nous ne voyons pas les choses mêmes ; nous nous bornons, le plus souvent, à lire des étiquettes collées sur elles. »
Bergson
« La langue est comparable à une feuille de papier : la pensée est le recto et le son est le verso […] »
Saussure
« La parole était à l’origine un charme, un acte magique, et elle a conservé encore beaucoup de son ancienne force. »
Freud
Entretien de Jean-François Billeter
Les ouvrages de référence
Platon, Gorgias
Benveniste (citation), Problèmes de linguistique générale, 1966
Austin, Quand dire, c’est faire, 1962
Billeter (citation), Les gestes du Chinois, 2021
La liberté
Définition
Citations
Les ouvrages de référence
La nature et la culture

Définition
Plusieurs définitions existent pour le mot « nature », ainsi que différentes étymologies. Le mot nature, en français, vient directement du latin
natura qui lui-même vient de nascor qui signifie « naître », « provenir ».
L’autre étymologie est celle du grec : φύσις , phúsis, qu’on peut entendre comme « physis ». Cette racine de la nature, en grec,
la physique (Aristote) amène la notion de nature à parler du monde matériel, en opposition au monde spirituel :
la métaphysique (toujours Aristote). Nous avons donc différentes significations pour la nature, dépendant de
différents contextes. Nous verrons dans cet article sur la nature, comment la philosophie, puis l’anthropologie distinguent la nature de la
culture, comment la nature peut être imaginé, cadrée, nommé et différencier ou non de l’être humain. Le sens commun de « nature humaine »
sera alors regardé, comme une autre définition de la nature, qui s’oppose à l’idée de « physique », comme nous venons de le définir en ce
début d’article.
Le naturel et le culturel
La première distinction que nous ferons sera celle du naturel et du culturel. Culture, tient son origine du latin cultura qui signifie
la culture agricole, puisque que cultura viendrait du mot « coutre », qui est du vieux français pour parler de la lame de la charrue à
labourer les champs, même racine que le mot couteau. Néanmoins, le concept de culture est un concept récent que les anthropologues culturels,
fondèrent à partir du mot allemand : Kulturkreis, qui signifie le cercle de culture.
Pendant des siècles la « nature humaine » était un des objectifs des chercheurs en ethnologie (anthropologie). Ce que nous nommons l’essentialisme
fut un courant de pensée qui attira les anthropologues à penser que l’être humain avait des essences naturelles, c’est-à-dire des comportements
dicté par leur nature profonde, nature exprimée par l’esprit singulier de l’Homme dans le monde entier. Suivant les idées de l’évolutionnisme,
Les premiers ethnologues pensaient qu’il serait possible de remonter le temps en observant des êtres humains soi-disant « peu évolués », qu’ils
nommèrent « sauvages », « barbares », « primitifs », etc.
Ce sont les anthropologues culturalistes américains, de l’école de Columbia University à New York, qui proposèrent la « théorie
culturaliste de la personnalité ». Cette théorie était basé sur l’égalité entre les sexes, et portée par des chercheuses, Ruth Benedict et
Margaret Mead. Benedict, la plus âgée des deux, écrivit la théorie culturaliste à partir de la psychanalyse et des concepts de Nietzsche
des personnalités apolliniennes et dionysiennes. C’est le concept de « Patterns of culture (1934) que l’anthropologue développa.
Définition : L’apollinisme
« L’apollinisme caractérise le principe d’individuation, c’est-à-dire la tendance de la vie (par essence artiste) à se donner une forme définie et achevée. La perfection plastique incarnée par Apollon nous renvoie au monde heureux des belles apparences, aux illusions du rêve. Mais cet univers lumineux se détache sur le fond d’un monde dionysiaque, dont il constitue le plus beau et le plus parfait mensonge. »L’ivresse Dionysiaque
« L’ivresse dionysiaque est bien ce moment, pour Nietzsche, où l’identité individuelle se perd, pour se plonger, s’abîmer dans la fusion avec une totalité cosmique en délire. Parce qu’il est un sentiment cosmique, le dionysiaque renvoie à l’essence même du monde de la volonté de puissance : un monde en perpétuel mouvement, en lequel toutes les formes se nouent et se dénouent, se créent et se défont sans cesse. C’est sur ce fond obscur et déchiré que se dessinent les formes lumineuses, aux contours nets et finis, des fictions apolliniennes. » CLEMENT E., DEMONQUE C., HANSEN-LOVE L. et KAHN P., Dictionnaire : La Philosophie de A à Z, Paris, Hatier, 2000, p. 25
Pourquoi énoncer ces deux différents caractères de personnalité ? Parce qu’à partir de cette vision de l’être humain, les sciences humaines ont commencé à intégrer des groupes humains hors de la civilisation occidentale comme égaux à la population de celle-ci. Cette égalité de reconnaissance amena les scientifiques à ne plus différencier les groupes humains selon l’évolution et donc le corps et l’essentialisme, mais en intégrant la notion de culture.
« L’homme est un être biologique en même temps qu’un individu social. Parmi les réponses qu’il fournit aux excitations extérieures ou intérieures, certaines relèvent intégralement de sa nature, d’autres de sa condition : ainsi n’aura-t-on aucune peine à trouver l’origine respective du réflexe pupillaire et de la position prise par la main du cavalier au simple contact des rênes. Mais la distinction n’est pas toujours aussi aisée […]. Plus encore, dans la majorité des cas, les causes ne sont même pas distinctes réellement, et la réponse du sujet constitue une véritable intégration des sources biologiques et des sources sociales de son comportement. […] C’est que la culture n’est, ni simplement juxtaposée, ni simplement superposée à la vie. En un sens, elle se substitue à la vie, en un autre elle l’utilise et la transforme, pour réaliser une synthèse d’un ordre nouveau.
S’il est relativement aisé d’établir la distinction de principe, la difficulté commence quand on veut opérer l’analyse. Cette difficulté est, elle-même, double : d’une part, on peut essayer de définir, pour chaque attitude, une cause d’ordre biologique ou social ; d’autre part, chercher par quel mécanisme des attitudes d’origine culturelle peuvent se greffer sur des comportements qui sont eux-mêmes de nature biologique, et réussir à se les intégrer. Nier ou sous-évaluer l’opposition, c’est s’interdire toute intelligence des phénomènes sociaux ; et, en lui donnant sa pleine portée méthodologique, on risque d’ériger en insoluble mystère le problème du passage entre les deux ordres. Où finit la nature ? Où commence la culture ? »
Lévi-Strauss, 1949, Les Structures élémentaires de la parenté, p. 34
Claude Lévi-Strauss tente, dans cette citation, de faire comprendre à qui n’est pas un anthropologue, que juger de ce qui est de
l’ordre du culturel ou du naturel chez l’être humain n’est pas chose facile, ni simple. Les raccourcis sont trop nombreux lorsqu’il
s’agit de parler de culture. Vous aurez compris que la culture, en nous tenant à l’anthropologie culturaliste, est une forme de
construction identitaire de l’Homme, une construction inconsciente. C’est-à-dire, que ce que nous nommons le « culturel », la part de culture
dans le comportement de quelqu’un, afin de définir sa culture, et donc un trait de sa personnalité, il faut se poser les bonnes questions.
Quelle est la question primordiale à se poser lorsque nous étudions l’être humain, et surtout lorsque nous cherchons à définir
son appartenance à une culture ? La première question sera :
Est-ce que je sur-interprète ce que j’observe ?
À cette question il faut appliquer une méthode d’analyse et Levi-Strauss, ici, nous explique qu’il sera toujours difficile de savoir
si un geste, un comportement sera jugé culturel ou naturel. Si un réflexe est observé, il faut déterminer si celui-ci n’a pas été conditionné,
appris par l’être humain, ou si celui-ci vient au contraire d’un savoir-faire, d’un entrainement, comme avec l’exemple du cavalier qui
tient ses rênes.
Une autre question pourrait être :
Peut-on encore parler de culture aujourd’hui ?
Ce que nous nommons culture, est un mélange d’habitude, de savoir-faire, de savoir vivre en société que nous identifions à une origine
particulière, comme la culture dauphinoise, par exemple. Sauf qu’aujourd’hui ce qui est propre à une culture est de plus en plus léger.
En effet, la globalisation a petit à petit effacé les différences locales pour une culture globale, comme la culture américaine en
Europe par exemple. La pensée est alors moins influencée par des cultures locales, mais plus largement par la culture dominante et partagée
par le plus grand nombre. Il ne reste plus que des bases culturelles liées à la langue, et aux représentations subtiles qui sont colportées
par la manière dont nous nous signifions notre environnement, c’est-à-dire comment nous racontons ce que nous vivons, comment nous l’interprétons
grâce à notre langue maternelle.
« Condition humaine » n’est pas « nature humaine »
« Dans sa compréhension, la condition humaine dépasse les conditions dans lesquelles la vie est donnée à l’homme. Les hommes sont des êtres conditionnés parce que tout ce qu’ils rencontrent se change immédiatement en condition de leur existence. Le monde dans lequel s’écoule la vita activa consiste en objets produits par des activités humaines ; mais les objets, qui doivent leur existence aux hommes exclusivement, conditionnent néanmoins de façon constante leurs créateurs. Outre les conditions dans lesquelles la vie est donnée à l’homme sur terre, et en partie sur leur base, les hommes créent constamment des conditions fabriquées qui leur sont propres et qui, malgré leur origine humaine et leur variabilité, ont la même force de conditionnement que les objets naturels. Tout ce qui touche la vie humaine, tout ce qui se maintient en relation avec elle, assume immédiatement le caractère de condition de l’existence humaine. C’est pourquoi les hommes, quoi qu’ils fassent, sont toujours des êtres conditionnés. Tout ce qui pénètre dans le monde humain, ou tout ce que l’effort de l’homme y fait entrer, fait aussitôt partie de la condition humaine. L’influence de la réalité du monde sur l’existence humaine est ressentie, reçue comme force de conditionnement. L’objectivité du monde – son caractère d’objet ou de chose – et la condition humaine sont complémentaires; parce que l’existence humaine est une existence conditionnée, elle serait impossible sans les choses, et les choses seraient une masse d’éléments disparates, un non-monde, si elles ne servaient à conditionner l’existence humaine. Évitons tout malentendu : la condition humaine ne s’identifie pas à la nature humaine (…) Il est fort peu probable que, pouvant connaître, déterminer, définir la nature de tous les objets qui nous entourent et qui ne sont pas nous, nous soyons jamais capables d’en faire autant pour nous même : ce serait sauter par dessus notre ombre. De plus, rien ne nous autorise à supposer que l’homme ait une nature ou une essence comme en ont les autres objets »
Hannah Arendt, La condition de l’homme moderne, 1958, pp 43-44
La condition, c’est le mot à définir ici. « Les conditions de quelque chose », et même le conditionnel, en grammaire française, nous indiquent que la condition implique un contexte, un environnement, qui contraint l’Homme. « Dans quelle condition tu vis ? » est un lieu commun qui nous invite à comprendre que notre environnement n’est pas le meilleur pour nous-mêmes. L’être humain, selon Hannah Arendt, serait conditionné et n’aurait pas de nature humaine. La nature humaine est un mythe qui donna des excuses à des comportements observés chez l’être humain, comme nous l’avons vu avec l’anthropologie d’avant le culturalisme. La notion de condition de l’homme, ou de l’homme conditionné, nous amène à regarder au-delà du corps, au-delà de la culture. Être conditionné ce serait être programmé pour répondre à des éléments constituant notre vie, des éléments extérieurs, plus ou moins concrets, puisque l’éducation conditionne l’Homme. La limite de l’excuse conditionnant l’être humain n’est pas facile à prendre en compte, puisqu’un homme qui est conditionné inconsciemment, devra prendre conscience de sa condition afin de s’en extirper.
« Hannah Arendt propose le terme de vita activa pour désigner trois activités humaines fondamentales :
le travail : « activité qui correspond au processus biologique du corps humain. La condition humaine du travail est la vie elle-même »,
l’œuvre : « activité qui correspond à la non-naturalité de l’existence humaine[…]. L’œuvre fournit un monde artificiel d’objets[…]. La condition humaine de l’œuvre est l’appartenance-au-monde » ,
l’action : « la seule activité [humaine] qui mette directement en rapport les [êtres humains] sans l’intermédiaire des objets ni de matière, correspond à la condition humaine de la pluralité, [de l’altérité] ». » Propos qui viennent de l’article Wikipédia sur la condition humaine : Article Wikipédia sur la condition humaine
Citations
« C’est sans doute en premier lieu sous l’influence de l’éthologie, notamment celle des grands singes, que l’ontologie moderne a commencé à vaciller, lorsque fut mis en cause l’un de ses principes les plus communément admis, l’absolue singularité des humains en tant qu’espèce apte à produire de la différence culturelle. Les ethnologues ne semblent pas avoir pris encore la pleine mesure de cette révolution, et c’est pourtant à eux que s’adressaient William McGrew et Croline Tutin en 1978 lorsqu’ils publièrent dans Man, la prestigieuse revue britannique d’anthropologie sociale, un article iconoclaste où ils définissaient les chimpanzés comme des animaux culturels et plaidaient pour leur étude ethnographique comparative. »
DESCOLA P., Par-delà nature et culture, Paris, Gallimard, 2005, p. 253
Les ouvrages de référence
Lévi-Strauss, 1949, Les Structures élémentaires de la parenté, p. 34
DESCOLA P., Par-delà nature et culture, Paris, Gallimard, 2005, p. 253
Hannah Arendt, La condition de l’homme moderne, 1958, pp 43-44
Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine de l’inégalité, 1755
Aristote, Physique, VIe siècle av. J.-C.
La raison
Définition
Citations
Les ouvrages de référence
La religion

Définition
Le mot religion a une étymologie des plus floue. Si on fait la recherche, son premier sens est celui de Diligo,
signifiant « soigner » ou « choisir ». Cette première étymologie s’oppose à la superstition, qui est la perte de l’esprit,
la croyance non choisie, celle que nous subissons. St Augustin fit un choix, car il se convertit. Les étymologies de
« rassembler » et de « lier », ou « relier à », vinrent plus tard avec Religere et Religare
Étymologie de religion.
Lien Wikipédia
.
Pour continuer dans les étymologies, le mot croyance est a définir lui aussi. La Croyance vient du verbe « croire », venant lui-même
du latin crēdĕre, qui veut dire « confier en prêt ; avoir confiance », ou encore créditer, donner du crédit. Dans ce sens-là,
nous pouvons comprendre que la croyance est le crédit que nous donnons à quelque chose, à quelque histoire, à quelque mot. De ce point
de vue, la religion n’est pas la seule croyance possible, certains croient en la science, car ils lui donnent du crédit. Néanmoins,
une croyance est souvent entendue comme croire en un ou plusieurs dieux, donc comme étant une croyance en une religion.
À cela s’ajoutent aussi les notions de foi et de spiritualité. La spiritualité s’oppose à la matérialité. L’un étant animé par
l’esprit, et l’autre inanimé. L’inanimé, du point de vue chrétien fut, le plus souvent, apparenté au règne minéral, c’est-à-dire
aux pierres. La foi quant à elle, viendrait du latin fides, et du grec σφίδη, sphide. Cette étymologie est traduite
par le mot confiance, qui surprenamment vient de « con » et de « fiance », de fiancé. La foi, chez les Grecs puis les Romains, avant donc
l’ère chrétienne, s’entendait comme une relation d’égalité entre deux parties, deux personnes ou entre l’être humain et la divinité.
Comme se fiancer est un engagement de fidélité, fides toujours, la foi représenterait le mariage entre l’être humain et le divin.
La plupart des auteurs de philosophie traitèrent de la notion de religion. Nous ne répéterons pas ce que pense Saint Augustin,
voici le lien vers sa partie à propos de la religion : La religion selon Augustin.
Du point de vue de l’anthropologie, la religion fut toujours pensée comme intrinsèque à l’humanité. La religion fait partie de la
culture, c’est un aspect culturel. Qui s’oppose donc à la . Frazer, Lévi-Strauss,
et Mauss, sont des anthropologues concernés par le programme de philosophie des classes terminales. Tous trois
écrivirent à propos de la religion, faisant comprendre qu’il existe différent type de religions, de différentes cultures, et si Frazer
dans Le Rameau d’or, considérait encore qu’il y avait un hiérarchie entre ces manières de croire, c’est-à-dire, qu’il y voyait une
évolution, des formes les plus basiques de la religion ; qu’il nomma « magie », puis les polythéismes, et enfin les monothéismes, l’anthropologie
efforça ensuite de rendre égal toutes les formes de croyance.
Citations
« Une religion appelle magiques les restes d’anciens cultes avant même que ceux-ci aient cessé d’être pratiqués religieusement ; cette façon de voir s’est déjà imposée à des savants et, par exemple, un folkloriste aussi distingué que M. Skeat considère comme magiques les anciens rites agraires des Malais. Pour nous, ne doivent être dites magiques que des choses qui ont été ainsi qualifiées seulement par une fraction de société. Mais nous savons aussi que les sociétés n’ont pas eu toujours de leur magie une conscience très claire et que , quand elles l’ont eue, elles n’y sont arrivées que lentement. Nous n’espérons donc pas trouver tout de suite les termes d’une définition parfaite qui ne pourra venir qu’en conclusion d’un travail sur les rapports de la magie et de la religion. »
Marcel Mauss, Sociologie et Anthropologie, p. 10
Les ouvrages de référence
Augustin, Confessions, (400)
Marcel Mauss, Sociologie et Anthropologie, 1950
La science
Popper et Kuhn

Définition
La science représente un esprit critique, une méthode d’analyse et une tradition de l’esprit qui se veut vérifiable, prouvable
et démontrable. Nous commencerons par étymologie du mot
science : du latin scientia (« connaissance »), lui-même du verbe scire (« savoir »). Au cours de l’Histoire,
différents auteurs scientifiques ont constitué la science
telle que nous la connaissons aujourd’hui. En Grec ancien c’est le mot episteme qui signifiait la science, mot qui se
rapporte au savoir, mais aussi à la connaissance éclairée, c’est-à-dire à savoir de quoi nous parlons.
La science s’appuie sur plusieurs points fondamentaux : la preuve et la démonstration, dans une perspective de science empirique, ainsi
que la déduction qui s’oppose à l’induction.
L’induction
« […] ; c’est alors que j’ai pris conscience pour la première fois que l’induction – la formation d’une croyance par la répétition – est un mythe. Ce fut d’abord les animaux et les enfants, mais plus tard également chez les adultes, que j’ai observé l’immense puissance du besoin de régularité – le besoin qui les fait rechercher des régularités ; qui leur fait parfois faire l’expérience de régularités là même où il n’y en a pas ; qui les fait se cramponner de manière dogmatique à leurs attentes ; et qui les rend malheureux, jusqu’à les conduire au désespoir et au bord de la folie, si certaines régularités dont ils présupposaient l’existence viennent à s’effondrer. »
Karl Popper, La Connaissance Objective, p. 68
Karl Popper, 1902 – 1992, était un philosophe épistémologue, mot qui vient d’ episteme, la connaissance éclairée en grec,
et du logos, qui symbolise aujourd’hui « l’étude ». Un de ces sujets de prédilection était la méthode scientifique, qu’il essaya de
définir le plus justement possible. L’induction, est, comme nous l’avons vu, l’inverse de la déduction : et qui tire son origine du verbe
induire, qui vient lui-même du mot grec inie, qui veut dire le feu. En anglais ignition, que nous entendons à la fin des comptes
à rebours de l’allumage d’une fusée, veut dire allumage, ou feu ! C’est la propagation calorifique qu’il faut avoir en tête, ou encore
la conduction de la chaleur, quand nous pensons le mot induction. Aujourd’hui on peut aussi faire le lien avec nos plaques à induction,
qui conduisent la chaleur par électricité, elle-même conduite. On parle aussi d’induire en erreur, ou d’induire une idée à quelqu’un.
Cette démarche est donc basée sur l’observation de phénomène, et c’est la répétition qui permettrait de dire si ce que nous voyons est
vrai ou faux. Cette vision scientifique fut démontrée par l’auteur comme dénué de logique, puisque dire, et c’est son exemple, que « le soleil
se lève tous les matins », basé sur l’observation qu’à chaque matin le soleil se lève, revient à ne pas penser ce que nous disons ou ce que
nous observons, puisque la terre tourne autour d’elle même et que cette simple vérité ne peut s’observer seulement à l’œil nu.
L’induction est alors un autre mot pour parler de subjectivité.
La déduction, chère à Popper, sera alors ce qu’il nomme la connaissance objective :
La déduction
« Ce qui me conduisit à cette formule : la principale différence entre Einstein et une amibe (telle que la décrite Jenning), c’est qu’Einstein recherche consciemment l’élimination de l’erreur. Il essaie de tuer ses théories : il est consciemment critique à l’égard de ses théories et, pour cette raison, il essaie de les formuler de manière précise et non pas vague. Mais l’amibe ne peut pas être critique vis-à-vis de ses attentes ou hypothèses ; elle ne peut pas être critique parce qu’elle ne peut pas se confronter à ses hypothèses : celles-ci font partie d’elle. »
Popper, idem, p. 70L’auteur ajoute :
« (Seule la connaissance objective est susceptible d’être critiquée : la connaissance subjective ne devient susceptible d’être critiquée que dans la mesure où elle devient objective, et elle devient objective quant nous disons ce que nous pensons ; et elle le devient davantage encore quand nous l’écrivons ou l’imprimons.) »
Idem
Le réalisme
Être objectif en science serait alors un effort d’honnêteté intellectuelle, où notre pensée et nos expériences vécues seraient analysées par nous même et même critiqué avant d’en faire une connaissance. Ceci n’empêche pas une forme d’induction, tant que celle-ci ne s’y arrête pas. L’observation est un des critères de la méthode scientifique. Mais pour que science se fasse il est nécessaire de s’accorder sur une chose au moins : être réaliste :
« Si le réalisme – ou, plus exactement, quelque chose qui se rapproche du réalisme scientifique – est vrai, la raison pour laquelle il est impossible de le prouver est évidente. La raison, c’est que notre connaissance subjective, même notre connaissance perspective, consiste en dispositions à agir ; et qu’elle constitue donc une sorte d’adaptation, à titre d’essai, à la réalité ; que nous sommes, au mieux, des chercheurs et, en tout cas, faillibles. Il existe aucune garantie contre l’erreur. Du même coup, toute la question de la vérité et de la fausseté de nos opinions et théories « perd manifestement tout son sens, s’il n’y a aucune réalité, si tout n’est que songes ou illusions.
Pour résumé, je propose d’accepter le réalisme comme la seule hypothèse sensée – comme une conjecture à laquelle on n’a jamais proposé aucune alternative sensée. […] »
Idem, p. 96
La science normale
La science normale est le nom que Thomas S. Kuhn explique dans son ouvrage de référence : La structure des révolutions scientifiques.
Cet ouvrage est LA référence à propos de la science actuelle. Si un livre d’épistémologie est à lire, pour la culture générale, mais que,
si je le pouvais je forcerais tous scientifiques à lire avant de faire de la recherche, c’est bien celui-là.
La science normale serait, d’après l’auteur, ce qui représente notre science actuelle. C’est-à-dire une science qui s’appuie sur les éléments
théoriques que Popper établit juste avant, la méthode scientifique, objective, et déductible, basée sur une vision réaliste
du monde.
La science normale peut-être opposé à ce qui est « paranormale », ce qui ne s’inscrit pas dans la science normale.
« Ces trois classes de problèmes – détermination des faits significatifs ; concordance des faits et de la théorie ; élaboration de la théorie – couvrent, me semble-t-il, l’ensemble de la littérature de la science normale, tant empirique que théorique. »
Thomas S. Kuhn, La structure des révolutions scientifiques, p. 58
Les paradigmes
La science normale s’appuie sur des « paradigmes » scientifiques. Kuhn en parle mieux que moi :
« Selon l’usage habituel, un paradigme est un modèle ou un schéma accepté, et cette signification particulière m’a permis de m’approprier ici ce terme, à défaut d’un meilleur. Mais on réalisera rapidement que le sens de modèle et de schémas qui permet l’appropriation n’est pas tout à fait le sens habituel de la définition du paradigme. En grammaire, par exemple, » amo, amas; amat » est un paradigme parce qu’il met en évidence le modèle à utiliser pour conjuguer un grand nombre d’autres verbes latins, par exemple » laudo, laudas, laudat » . »
Idem, p. 45L’auteur ajoute :
« Qu’il s’agisse de l’analyse du mouvement par Aristote, des calculs de Ptolémée pour la position des planètes, de l’utilisation de la balance par Lavoisier ou de la traduction mathématique du champ électromagnétique par Maxwell, le succès d’un paradigme est en grande partie au départ une promesse de succès, révélée par des exemples choisis et encore incomplets. La science normale consiste à réaliser cette promesse, en étendant la connaissance des faits que le paradigme indique comme particulièrement révélateurs, en augmentant la corrélation entre ces faits et les prédictions du paradigme, et en ajustant davantage le paradigme lui-même. »
Idem, p. 46
Le paradigme est le contexte de pensée du chercheur. C’est plus qu’un modèle, c’est une forme de système théorique permettant de penser la
science. Popper indiquait que l’écriture et l’imprimerie avait amené la possibilité d’être critique et donc objectif. Pourquoi ? Parce que
l’écriture et le partage des écrits permettent la lecture et la critique de nos paires, et ainsi de faire avancer une pensée collective,
en ayant la même « grammaire ». Il faut s’accorder des postulats et des idées de base si nous voulons observer le même monde et pouvoir
en parler entre nous. L’ambition de la science est de théoriser le monde qui nous entoure, comprenant les sciences humaines et sociales
aussi. Les écrits de Popper et Kuhn à propos de la science sont des écrits que nous pourrions qualifier de sciences humaines. Kuhn ici, est
historien des sciences.
Pour finir avec la notion de paradigme, il nous faut parler des révolutions scientifiques, et des moments de « science en crise ». En effet,
si les paradigmes sont le socle permettant la pensée scientifique, ils sont aussi faits pour être dépassés, faisant, à ce moment, avancer
la science d’un pas de géant, là où, auparavant, elle avançait prudemment et à petits pas.
« L’anomalie n’apparaît que sur la toile de fond fournie par le paradigme. Plus celui-ci se révèle un indicateur sensible pour signaler les anomalies et amener éventuellement un changement de paradigme. […] En empêchant que le paradigme soit trop facilement renversé, la résistance garantit que les scientifiques ne seront pas dérangés sans raison et que les anomalies qui aboutissent au changement de paradigmes pénétreront intégralement les connaissances existantes. »
Idem, p. 99
Citations
« Je ne vois aucun « danger métaphysique » dans notre acceptation des choses – c’est-à-dire des objets de la physique […] ainsi que des structures spatio-temporelles qui s’y rapportent. »
Albert Einstein, « Remarks on Bertrand Russell’s Theory of Knowledge », dans The philosophy of Bertrand Russell
Les ouvrages de référence
Karl Popper, La Connaissance Objective
Thomas S. Kuhn, La structure des révolutions scientifiques
Aristote, Physique
La technique

Définition
La technique vient du mot grec : tekhnê, qui signifie « art ». Cependant il y a une différence
entre l’art et la technique et cette différence est l’objectif que définissent ces mots. Si l’art
n’a que le but d’être beau, gratuit (désintéressé), une oeuvre à part entière, la technique, elle, vise
une forme d’application, à être utile. Ce qui se rapproche le plus de la vision de cette notion est
la notion d’artificiel, d’ingénierie. Si la technique était comparée à la science, celle-ci serait
les sciences de l’ingénieur
(1537) Dérivé de ingénier, avec le suffixe -eur, en ancien français
engigneor (« constructeur d’engins de guerre »). Dans un sens vieilli, il représente
celui qui construisait ou inventait des machines de guerre ou qui assurait la conception et
l’exécution des ouvrages de fortification ou de siège des places fortes.
Page Wikipédia d’ingénieur.
C’est aussi la de domination de la nature qui est comprise dans la notion de technique.
Cette notion philosophique est à rapprocher de la notion de nature, et donc de son rapport
à la culture. Ces deux notions du programme de philosophie sont complémentaires. Il n’est pas
difficile de relier ensuite la technique à l’économie et à la culture de l’Occident, culture de
l’industrie, où la productivité s’est construite sur l’avancée technique et technologique.
En effet, quand nous parlons de technologie, c’est à la machine qu’il faut se référer, tant celle-ci
est controversée, les opinons divergent à son propos, quant au fait que celle-ci soit un progrès pour
l’humanité, ou en contraire un nouvel asservissement, nommé aliénation par Marx et, avant lui
par Rousseau
(XIVe siècle) Du latin alienatio (« aliénation, cession, vente »),
de alienare (« aliéner, vendre, céder »), de alienus (« qui appartient à un autre, étranger »),
de alius (« autre »).
Note : Attesté en 1265 avec l’orthographe alienacion.
Page Wikipédia d’aliénation.
L’outil et la machine sont deux choses différentes, le premier serait un prolongement de la main
de l’Homme, lui permettant de devenir plus performant dans une tache particulière, l’autre étant un
complexe, la machine, qui, d’après Hannah Arendt, imposerait un rythme à l’être humain, devant alors
adapter son corps à la machine voir les citations.
Karl Marx et l’objectivation du travail
« L’ouvrier devient d’autant plus pauvre qu’il produit plus de richesse, que sa production croît en puissance et en volume. L’ouvrier devient une marchandise d’autant plus vile qu’il crée plus de marchandises. La dépréciation du monde des hommes augmente en raison directe de la mise en valeur du monde des choses. Le travail ne produit pas que des marchandises; il se produit lui-même et produit l’ouvrier en tant que marchandise, et cela dans la mesure où il produit des marchandises en général. Ce fait n’exprime rien d’autre que ceci : l’objet que le travail produit, son produit, l’affronte comme un être étranger, comme une puissance indépendante du producteur. Le produit du travail est le travail qui s’est fixé, concrétisé dans un objet, il est l’objectivation du travail. L’actualisation du travail est son objectivation. Au stade de l’économie, cette actualisation du travail apparaît comme la perte pour l’ouvrier de sa réalité, l’objectivation comme la perte de l’objet ou l’asservissement à celui-ci, l’appropriation comme l’aliénation, le dessaisissement. »
Karl Marx, Manuscrits de 1844, 1844 Ouvrage complet : (moins quelques parties) Manuscrits de 1844
Nous avons vu, dans la notion de nature et culture, que
la condition de l’Homme était mise en opposition à la nature humaine, toujours
grâce à Hannah Arendt (page wiki).
Karl Marx (page wiki), politique mise à part,
fut un philosophe qui permis de faire exister tous les êtres humains, égaux, peu importe leurs origines
ou leur sexe, en montrant que les inégalités venaient de leur milieu de vie, de leurs conditions de
vie et de travail.
Le piège de la technique est celui d’imposer à l’Homme une certaine façon de vivre sa vie. L’aliénation
serait se couper de sa propre réalité et de n’agir plus que pour l’utilité de quelqu’un d’autre,
s’oublier, en d’autres termes. Si le mot aliénation vient du mot « autre », c’est dans la virtualité
de vivre une vie coupée du réel, comme pousser par des concepts artificiels, l’argent étant un bon
exemple. Le salaire est une projection abstraite, qui n’est pas une réalité, à la façon d’un projet
concret qui pourrait être de construire une maison, ou d’améliorer sa condition de vie par exemple.
La où la technique fut utile à l’être humain, cette technique peut aussi dépasser celui-ci et en
faire l’esclave de ce que le confort de cette technique lui apporte. Si la technique n’est pas maitrisée
elle pourrait nuire à l’Homme, comme avec l’inquiétude actuelle de l’émergence des intelligences
artificielles, qui, sont un excellent outil pour l’Homme, mais qui pourraient devenir leurs nouveaux
maîtres.
Citations
« La promesse de la technique moderne s’est inversée en menace […] »
Hans Jonas (page wiki), Le principe de responsabilité, Éthique pour la civilisation technologique, 1990.
« L’intelligence […] est la faculté de fabriquer des objets artificiels, en particulier des outils à faire des outils. »
Henri Bergson (page wiki), L’Évolution créatrice, 1907, PUF, 1946, p. 139-140.
« La différence décisive entre les outils et les machines trouve peut-être sa meilleure illustration dans la discussion apparemment sans fin sur le point de savoir si la machine doit « s’adapter » à la nature de l’homme. (…) Pareille discussion ne peut-être que stérile : si la condition humaine consiste en ce que l’homme est un être conditionné pour qui toute chose, donnée ou fabriquée, devient immédiatement condition de notre existence ultérieure, l’homme s’est « adapté » à un milieu de machines dès le moment où il les a inventées. Elles sont certainement devenues une condition de notre existence aussi inaliénable que les outils aux époques précédentes. L’intérêt de la discussion à notre point de vue tient donc plutôt au fait que cette question d’adaptation puisse même se poser. On ne s’était jamais demandé si l’homme était adapté ou avait besoin de s’adapter aux outils dont il se servait : autant vouloir l’adapter à ses mains. Le cas des machines est tout différent. Tandis que les outils d’artisanat, à toutes les phases du processus de l’œuvre, restent les serviteurs de la main, les machines exigent que le travailleur les serve et qu’il adapte le rythme naturel de son corps à leur mouvement mécanique. Cela ne veut pas dire que les hommes, en tant que tels, s’adaptent ou s’asservissent à leurs machines ; mais cela signifie bien que, pendant toute la durée du travail à la machine, le processus mécanique remplace le rythme du corps humain. L’outil le plus raffiné reste au service de la main qu’il ne peut ni guider ni remplacer. La machine la plus primitive guide le travail corporel et éventuellement le remplace tout à fait. »
Hannah Arendt (page wiki), Condition de l’homme moderne, 1958
Les ouvrages de référence
Hannah Arendt (page wiki),
Condition de l’homme moderne, 1958
Henri Bergson (page wiki),
L’Évolution créatrice, 1907
Hans Jonas (page wiki),
Le principe de responsabilité, Éthique pour la civilisation technologique, 1990
Karl Marx (page wiki),
Manuscrits de 1844, 1844
Le temps
Définition
Citations
Les ouvrages de référence
Le travail
Définition
Citations
Les ouvrages de référence
La vérité
Définition
Citations
Les ouvrages de référence
Textes d’explication
Ici vous trouverez des exemples de textes pour les explications de textes venant des annales du Baccalauréat Cliquez ici pour aller vers le site des annales du Bac : PDF des textes.
Connaissance
Que l’âme ne cherche donc pas à s’atteindre comme une absente, mais qu’elle s’applique à discerner sa présence ! Qu’elle ne cherche pas à se connaître comme si elle était une inconnue pour elle-même, mais qu’elle se distingue de ce qu’elle sait n’être pas elle ! Ce précepte qu’elle reçoit, le Connais-toi toi-même, comment se souciera-t-elle de le mettre en pratique, si elle ne sait ce que signifient le connais et le toi-même ? Dès lors qu’elle comprend ces deux mots, c’est qu’elle se connaît aussi elle-même. Car on ne dit pas à l’âme « Connais-toi toi-même », comme on lui dit « Connais les Chérubins et les Séraphins » Les Chérubins et les Séraphins sont des anges
: bien qu’ils soient pour nous des absents, nous croyons en eux, parce que la foi nous apprend que ce sont des puissances célestes. On ne lui prescrit pas non plus de se connaître, comme on lui dirait « Connais la volonté de cet homme » : car cette volonté ne nous est pas présente, nous n’en avons ni l’intuition, ni l’intelligence, sinon grâce à la manifestation de signes extérieurs ; encore, ces signes, y croyons- nous plus que nous ne les comprenons ! On ne lui dit pas non plus ces paroles comme on dirait à quelqu’un « Regarde ton visage », ce qui ne se peut faire que dans un miroir. Car notre visage lui aussi échappe à notre vue : il ne se trouve pas là où peut se diriger notre regard. Mais lorsqu’on dit à l’âme « Connais-toi toi-même », dès l’instant qu’elle comprend ces paroles « toi-même » elle se connaît ; cela, pour la simple raison qu’elle est présente à elle-même.
Augustin
Questions de dissertation
Vous trouverez dans cette section des questions de dissertation en lien avec les notions du programme Cliquez ici pour aller vers le site des annales du Bac : PDF des questions de dissertation.La vérité et le bonheur
L’ignorant peut-il être heureux ?
Résumé pour révision du Baccalauréat
Nous allons nous essayer à l’écriture intelligente d’un résumé pour la révision du Baccalauréat de
philosophie. Souvenez-vous que l’intelligence c’est faire des liens entre inter ligare et
c’est bien la le propos des révisions, se souvenir. Les notions sont des repères qui permettent
de trier des informations philosophiques. Les connaître ne permet pas de répondre aux sujets du Bac,
ce sont les liens que vous allez faire entre les notions qui vous permettront d’y répondre.
Je vais vous conter une histoire, une histoire dont vous allez vous souvenir, car cette histoire
vous est personnelle, c’est l’histoire d’une jeune personne qui rencontre la philosophie là où elle
ne serait pas aller la chercher, c’est-à-dire, à l’école. La jeune personne a pourtant le nom
d’Anthropos, qui signifie « l’être humain ». Tout lui était destiné à rencontrer la philosophie. Mais,
qu’est-ce que la philosophie ? Philosophae en Grec ancien, n’est pas exactement un mot qui
existait, ce mot n’existe que pour nous, les enseignants et les étudiants actuels. On nous dit que
c’est l’amour de la sagesse. Pourtant philia, c’est l’amitié, non pas l’amour. Et sophiae,
le savoir, mais est-ce vraiment le savoir ? Et qu’est-ce que cela veut dire le savoir ? Que sait-on
finalement ? Socrate, nous répondrait que le savoir se limite à la question
« que savons-nous ? ». Et la seule réponse à celle-ci est « rien », que nous ne savons rien, mais que
nous savons que nous ne savons rien. Cette réponse est une prise de conscience, faites-le avec
votre main : regarder la paume de votre main droite, ou de votre main gauche, choisissez votre
préférée et fermez le point, saisissez le rien. Prenez dans votre main le moment présent et dites-vous :
« je sais que je ne sais rien. »
Faites-le, maintenant, plusieurs fois jusqu’à vous en sentir satisfaits.
Vous venez de prendre conscience.
Platon vous met la main sur l’épaule, vous vous retournez et, en levant
votre regard vous le regardez dans les yeux. Il vous sourit, et vous fait comprendre par son regard
qu’il vous reconnait comme être humain.
Alors maintenant que vous continuez la lecture, nous pouvons comprendre ensemble que la philosophie
c’est ce rapport d’amitié que vous avez avec Platon, il vous reconnait, pensez-y. Vous êtes amis avec
Platon, mais votre premier ami c’est vous-même, vous venez de vous reconnaître, car vous venez de
vous regardez dans le regard de Platon. N’est-ce pas ce que disait Socrate à Alcibiade ? Connais-toi
toi-même, c’est vois toi toi-même. Conscience, la Vérité
ou le savoir (lien vers Platon), sont déjà deux notions que vous connaissez à travers cette histoire.
Qu’est-ce que la connaissance face au savoir ? N’est-ce pas la même chose ?
Oui, et non. Il faut contextualiser, encore une fois, raconter une histoire, relater, afin de
savoir de quoi nous parlons quand nous parlons de connaissance et de savoir. Si connaître c’est comme
voir, cela veut dire qu’il faut en faire l’expérience sensible. Qu’est-ce donc que le sensible ?
Le sensible c’est ce qui est perçu par les sens, les 5 sens. Et Platon avait une vision dualiste du
monde, avec le monde sensible et le monde des idées. La vérité est un absolu
chez Platon. C’est-à-dire que le savoir et la vérité sont synonymes et que ceux-ci ne sont pas à la
portée de l’Homme, mais des dieux. C’est pourtant le savoir et la vérité qui sont visés par Platon
lorsqu’il propose, avec Socrate, de nous connaître nous même, cette fameuse phrase qui était écrite
sur le fronton du temple d’Appolon à Delphes.
« Vois-toi toi-même. »
Alcibiade, dialogues de Platon.
Vous l’aurez compris, toute notre philosophie occidentale commence avec Platon. La
nature apparaît chez Platon par le monde sensible. Nommé « phénomène », un
monde que nous pouvons appréhender par nos sens, que nous pouvons connaître, contre le concept du
« noumène », signifiant le monde des idées, des absolus et de la vérité. Comme le « noumène » est une idée
elle ne peut être appréhendée par les sens et dans le monde sensible.
Pourtant, chez Platon, même si sa vision de la vie est duale, il est toujours possible de passer
d’un coté ou de l’autre avec la notion de miroir. Toujours suivant Alcibiade et son dialogue avec
Socrate, « vois-toi toi-même » serait savoir se regarder dans le miroir du monde.
« Dans la pensée antique et peut-être encore davantage aujourd’hui, le cadre visuel est élémentaire, « il constitue toute la réalité de l’homme Grec ». Réalité sensible et extérieure certes mais aussi intérieure, si bien que la réalité perçue est précisément une unité symbolique appelée image. Cette unité symbolique est la synthèse d’une double perception, celle des sens et de la pensée. Cette perception double constitue un fondement anthropologique. En outre la conscience constitue la réalisation de cette unité, de l’existence physique des choses et de leurs existences en tant qu’elles sont perçues par la pensée. »
Mathias Reverchon, “Imagination et Représentation chez Platon”, Philosophique [Online], 23 | 2020, Online since 09 July 2021, connection on 30 May 2023.
Texte sur OpenEdition
DOI: https://doi.org/10.4000/philosophique.1408
Liste de révision
Platon
Notions :
Vérité : Platon considère alors que pour que le savoir soit possible,
il faut l’objectiver. Il crée alors un « autre monde », c’est en tout cas comme ceci que la
philosophie le nomme, « le monde des idées ».
L’état :
Socrate : Concluons donc, excellent Alcibiade, qu’une tyrannie, tu dois t’abstenir de la préparer, ni pour toi-même, ni pour ton pays, si vous voulez, l’un et l’autre, être heureux, mais ce doit être la vertu.
Alcibiade : Tu dis vrai !
Socrate : Donc, cher Alcibiade, si l’âme doit se connaître elle-même, n’est-ce pas vers une âme qu’elle devra regarder, et spécialement vers ce point de l’âme qui est le siège de la vertu propre d’une âme, c’est-à-dire sa sagesse, et vers tel autre point auquel justement ressemble celui-là ? Alcibiade : C’est bien mon avis, Socrate. Socrate : Or, sommes-nous à même de dire qu’il y ait dans l’âme quelque chose de plus divin que ce à quoi se rapportent l’acte de connaître et celui de penser ?
Aristote
Notions :
Politique : La politique est la vie dans la cité, ce qui veut dire
qu’Aristote use de son regard de « physicien » afin d’observer l’Homme en société.
Nature et temps : (La physique) C’est l’observation « scientifique » du mouvement,
de la vie dans son espace-temps. Le monde parfaitement ordonné serait un monde immobile, et par acception « mort ».
Religion : Pour Aristote, sa métaphysique questionnait la notion
« d’être en tant qu’être ».
Définition : Métaphysique : est composé de « meta » = au-delà, et de « physique »
= nature, en grec ancien.
Epictète
Notions :
Liberté : « (…) Seul ce qui dépend de nous est vraiment nôtre : ce
domaine a trait au bien ou au mal. Hors de nous, rien ne peut être bon ni mauvais, ni utile,
ni nuisible. Tout est indifférent. »
Marc-Aurel
Notions :
Liberté, religion, vérité, conscience :
« Il faut vivre avec les Dieux. C’est vivre avec les Dieux que de leur montrer sans cesse une âme satisfaite de son partage, obéissant à tous les ordres du génie qui est son gouverneur et son guide : don de Jupiter, émanation de sa nature. Ce génie, c’est l’intelligence et la raison de chaque homme. » (Marc-Aurèle, trad. 1875, p. 187-203)
St Augustin
Notions :
Religion et liberté : Augustin choisit la religion chrétienne. Ce choix libre,
dut une manière pour lui-même de se libérer du monde du désir, de l’envie, et de se libérer des
pulsions qui pouvaient le rendre esclave.
Le temps : Ce qu’il faut retenir, c’est que la philosophe pense le temps
par rapport à la prise de conscience que nous avons du passé, qui est toujours présent pour
l’esprit (la conscience), dans le souvenir de ce passé, et toujours par l’esprit, que nous avons
l’idée que le futur arrivera et finira par passer.
Le devoir :
« La « cité terrestre » procède de la perversion de la volonté, puisqu’elle prend pour principe « l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu ». La « cité céleste » au contraire, fondée sur « l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi », regroupe toutes les nations qui respectent Dieu et vivent sous sa loi : elle réunit les justes par-delà les frontières et « jusqu’aux extrémités de la terre ». »
Popper et Kuhn
Notions :
La science (la déduction) Popper : « Einstein recherche consciemment
l’élimination de l’erreur. Il essaie de tuer ses théories : il est consciemment critique à
l’égard de ses théories et, pour cette raison, il essaie de les formuler de manière précise
et non pas vague. »
La science (le réalisme) Popper : « […] Pour résumé, je propose
d’accepter le réalisme comme la seule hypothèse sensée – comme une conjecture à laquelle on
n’a jamais proposé aucune alternative sensée. […] »
La science normale – Khun : « Ces trois classes de problèmes –
détermination des faits significatifs ; concordance des faits et de la théorie ; élaboration
de la théorie – couvrent, me semble-t-il, l’ensemble de la littérature de la science normale,
tant empirique que théorique. »
La science (les paradigmes) : « Selon l’usage habituel, un paradigme
est un modèle ou un schéma accepté, et cette signification particulière m’a permis de m’approprier
ici ce terme, à défaut d’un meilleur. Mais on réalisera rapidement que le sens de modèle et de
schémas qui permet l’appropriation n’est pas tout à fait le sens habituel de la définition du
paradigme. »
Merleau-Ponty
Notions :
La conscience et le temps : Ici, c’est la phénoménologie
qu’il faut interroger afin de comprendre cette notion. Maurice Merleau-Ponty est un philosophe
qui écrit : Phénoménologie de la perception. L’auteur nous permet de théoriser le lien qui existe
entre sentir et en avoir conscience. La conscience intellectualise, mentalise ce que nous vivons.
Définition : La conscience, qui vient de « con », qui signifie en latin : « avec » et
« science », qui amène la notion de sciemment, finalement consciemment. La conscience, est alors
chez l’être humain, un regard éclairé sur ce qu’il vit.
L’inconscient : Pour les phénoménologistes, ou les sciences cognitives, les processus
inconscients sont inévitable dans la psyché humaine. Vivre une vie supra-consciente nous mènerait
à une vie déconnectée de la vie sociale, de la société.
Freud
Notions :
L’inconscient : L’inconscient est vu comme un complexe
psychologique qui ferait agir le patient et tout être humain, d’une façon non consciente,
c’est-à-dire sans le choix du libre arbitre.
Conscience et inconscient :
« (…) J’ai appelé refoulement ce processus supposé par moi et je l’ai considéré comme prouvé par l’existence indéniable de la résistance. Mais on pouvait encore se demander ce qu’étaient ces forces, et quelles étaient les conditions de ce refoulement où nous voyons aujourd’hui le mécanisme pathogène de l’hystérie. Ce que le traitement cathartique nous avait appris nous permet de répondre à cette question. Dans tous les cas observés on constate qu’un désir violent a été ressenti, qui s’est trouvé en complète opposition avec les autres désirs de l’individu, inconciliable avec les aspirations morales et esthétiques de sa personne. Un bref conflit s’en est suivi; à l’issue de ce combat intérieur, le désir inconciliable est devenu l’objet du refoulement, il a été chassé hors de la conscience et oublié. »
莊子 – Zhuangzi
Notions :
Le langage : Le langage est chez l’Homme une faculté importante de son
intellect, reflétant son intelligence et sa pensée. Nous l’avons vu avec Platon, la logique, base
de la maïeutique et donc de la question, ou de l’auto-question, permettant la connaissance de soi,
que le langage permet la communication avec l’autre. C’est la dimension sociale qui est importante
ici avec cette notion.
Le langage (traduction), la religion, la technique, l’art, la nature :
– Le prince Wenhui dit en suffoquant : « Magnifique ! Comment as-tu pu atteindre une pareille maîtrise [技] ? » Le boucher déposa son coutelas et répondit :
– Ce qu’aime votre serviteur, c’est la Voie [道]. Elle me fait progresser dans mon art [技]. Lorsque je commençai à découper des buffles, je ne voyais rien d’autre qu’un buffle. Trois ans plus tard, je ne le regardais plus en entier. C’est désormais l’esprit [神] de votre serviteur, pas ses sens [知], qui est à l’œuvre. Mes sens [知] sont inactifs, mon esprit [神] agit. Je me conforme aux lois de la nature, attaque aux interstices, sépare aux principales jointures, en suivant la constitution naturelle [理]. La règle de l’art est de ne pas attaquer aux tendons, et encore moins aux gros os.
Claude Lévi-Strauss
Notions :
Le langage :C’est la démarche de Saussure à propos du lien entre
la pensée et la parole qui intéressa Claude Lévi-Strauss, et les notions de signifié, signifiant
et de référent.
La raison (le structuralisme) : Analyse des mythes, de la pensée et
des symboles. Le but du structuralisme serait de « (…) contribuer à une « meilleure connaissance
de la pensée objectivée et de ses mécanismes » ou encore d’élaborer un « inventaire des enceintes
mentales ». De plus, Lévi-Strauss voulait démontrer que « (…) l’esprit accomplit des opérations
qui ne diffèrent pas en nature de celles qui se déroulent dans le monde depuis le commencement
du temps » (Lévi-Strauss, 1983).
Marcel Mauss
Notions :
La politique (le Potlatch) : Le don – contre don :
« Quelle est la règle de droit et d’intérêt qui, dans les sociétés de type arriéré ou archaïque, fait que le présent reçu est obligatoirement rendu ? Quelle force y a-t-il dans la chose qu’on donne qui fait que le donataire la rend ? »
Le temps (entre le don et le contre don) : Mais pourquoi recevoir est une obligation ? Car Mauss nous présente dans son essai, une dynamique sociale qui crée la relation, et où accepter un don, un cadeau, n’est pas seulement accepter l’objet du présent. C’est aussi accepter une relation que de recevoir un don. « Les bons comptes font les bons amis » n’a jamais autant perdu de son sens et sonné aussi faux.