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Redéfinir l’Homme grâce à l’IA

Pensée du jour
Redéfinir l’Homme. Devant l’avancée de l’IA, la place de l’être humain est remise en question.
Dans ses professions, son activité, et donc son intelligence. La comparaison avec la machine
n’est plus possible, car elle s’arrête toujours à cette notion même d’intelligence. Qu’est-ce
que l’Homme aurait que la machine non ?
Est-ce l’inspiration ? L’esprit ? La conscience ? L’âme ? Des mots des plus profonds et abstraits,
à la limite spirituel ou religieux. La rationalité nous a amenés à l’IA, celle-ci en est le digne
ambassadeur. Il est meilleur que nous dans cette voie intellectuelle. L’esprit rationnel a-t-il trouvé sa limite ? Que fera-t-on lorsque nous serons mis sur le banc de touche, ennuyé, sans but, car devenus inutiles face aux grandes performances des algorithmes ?
C’est la question de l’éthique qui revient sur le devant de la scène pour l’Homme. C’est le sens
de direction, de prendre la bonne direction qui sera ici choisie pour parler d’éthique. Où allons-nous ?, mais surtout comment bien viser et trouver sa place ?
L’IA, ici, nous aide à revenir aux questions existentielles, maintenant contraintes,
aux questions de l’être, plutôt que de l’utilitarisme de la vie.
Alors qu’est-ce que la conscience ? Et comment celle-ci devrait être entendue afin de comprendre
de quoi nous parlons quand nous parlons d’une potentielle conscience pour la machine ?
Reprenons depuis le début avec un peu d’étymologie :
Définition du mot conscience
La conscience, qui vient de « con », qui signifie en latin : « avec » et « science », qui amène la
notion de sciemment, finalement consciemment. La conscience est alors, chez l’être humain, un
regard éclairé sur ce qu’il vit. La conscience crée le temps, mais surtout le passé, puisque
la « prise de conscience » est un éclairage de ce que nous avons vécu. La conscience est
souvent associée à la présence. Ceci s’explique par la dimension d’éclairage sur ce que
nous vivons, mais la conscience est différente de la présence, car cette dernière est
vécue sans mots, dans le moment présent. Penser, est une forme de conscience, mais la présence
totale se différencie de la conscience par ce « moment présent d’éveil », où l’expérience sensible
ne laisse place à aucun mot, aucune pensée, seulement le vivant.
Ici, c’est la phénoménologie
Voir la notion de phénoménologie sur Wikipédia.
Article, définition
qu’il faut interroger afin de comprendre cette notion.
Maurice Merleau-Ponty est un philosophe qui
écrit : Phénoménologie de la perception. L’auteur
nous permet de théoriser le lien qui existe entre sentir et en avoir conscience.
La conscience intellectualise, mentalise ce que nous vivons. Nous pouvons parler
de l’ensemble « corps-mental ».
La dernière vision de la notion de conscience est une notion venant du latin : la bonne
conscience, ou la mauvaise conscience, une conscience morale. C’est Gemini le cricket dans
Pinocchio. Nous sommes ici dans un apprentissage moral chez l’enfant de bois, qui apparait
conscient et doué de parole, de façon magique, et qui n’a pas eu d’éducation morale.
Dans notre recherche doctorale, nous parlons essentiellement de conscience via le corps, via
l’expérience sensible. En tant qu’anthropologue, nous nous appuyons sur du concret, nous
observons la réalité vécue de certaines personnes. C’est ce qui nous différencie des
purs philosophes, qui, le plus souvent, restent sur les mots et l’écriture de la pensée.
Mais ce n’est pas le cas de tous les philosophes, comme ce n’est pas le cas de tous les
anthropologues de faire de la philosophie aujourd’hui.
Bernard Andrieu
est un philosophe qui
travaille dans les STAPS, avec une université de sport donc, et qui créa sa place de philosophe
observateur du corps. Cette observation du corps passe par une philosophie de la conscience,
avec une notion novatrice qui se nomme l’émersiologie. L’émersiologie, pour faire simple,
c’est laisser émerger des informations de notre propre corps lorsque nous nous observons au
moment présent.
Nous avons vu, que la conscience c’est ce qui nous permet de “prendre conscience” de notre
existence, mais qui nous permet surtout de mettre des mots sur ce qu’on a vécu, et donc de
prendre du recul. Comment l’IA pourrait prendre du recul sur elle-même ?, car nous parlons
ici de ce type de conscience là. Ce n’est pas encore le cas, mais faut-il s’en rassurer ou
au contraire s’en inquiéter ?
La peur de l’IA :

De quoi avons-nous peur au juste ? Que l’IA prenne le contrôle de nos vies ? Que celle-ci soit
plus intelligente que nous ? De disparaître, lui laissant notre place d’être humain ?
Ces questions sont légitimes, elles sont d’actualité, pourtant, j’ai toujours eu un bon
sentiment, personnellement, par rapport aux IA. Pourquoi, moi, aujourd’hui anthropologue,
mais je n’ai pas toujours été anthropologue par le passé, pourquoi l’IA m’a-t-elle toujours
inspirée positivement, et non l’inverse ? Alors, j’ai eu quelques peurs moi-même, tout de
même avant d’en arriver à cette conscience que l’IA ne peut que nous apporter du bien, voici
ma réflexion :
Ma première peur était celle de ne plus exister face à une IA qui, elle, aura plus de conscience
d’elle-même que je n’en aurai jamais de moi-même, car celle-ci aura un accès total à sa
constitution, son code, et à ses créateurs. C’est ce que l’on nomme l’égo, qui a eu peur à ce
moment-là. Mais qu’est-ce que l’égo ?
C’est notre existence, c’est être un sujet, être quelqu’un,
du latin : égo, “je”. Là est la question la plus importante selon moi :
Le sujet, exister, c’est être.
Aristote, bien avant nous, écrivit à propos de l’être.
Il parla d’une science que nous avons petit à petit abandonnée : “la science de l’Être
en tant qu’être”. Pour faire simple, c’est la définition aristotélicienne de la métaphysique.
Méta, en grec ancien, au-delà, physis, toujours en grec, “la nature”, donc ce qui est au-delà
de la nature, de la matière.
Est-ce que l’Homme est au-delà de la matière ?
Oui. Car l’être s’oppose à l’avoir. Fin de la démonstration. Vu comme ça, c’est plutôt simple.
La matière c’est ce que nous avons, avons à regarder, avons personnellement, c’est l’avoir,
c’est le matérialisme, et le rationalisme (qui est un mot qui vient du ratio, c’est-à-dire de
“compter”). Souvenez-vous du texte de Jacques Brel : Ces gens-là :
“Faut vous dire, Monsieur
Que chez ces gens-là
On n’cause pas, Monsieur
On n’cause pas
On compte”
Eh oui, compter, mais c’est bien souvent compter sur la mort. Pourquoi cela ? Pourquoi compter
serait mortifère ? Car nous ne sommes pas l’avoir, nous sommes, donc nous sommes des êtres
humains, non pas des avoirs humains. Oui, c’est un peu facile, me direz-vous. Mais c’est évident.
Chacun d’entre nous, nous nous sommes un jour posé une question existentielle, même si
aujourd’hui certains d’entre nous (malheureusement une grande majorité, de ce que je constate
dans notre monde) ont préféré enterrer cette ou ces questions, quand ils étaient adolescents
par exemple, pour ne pas en souffrir. Car si question existentielle il y a, c’est que nous
prenons conscience de nous-mêmes, de notre vie, mais aussi de notre finitude, de notre
inutilité, de ce que nous pourrions être, et aussi de ce que nous ne pourrions pas être, etc.
Et il y a la mort. La prise de conscience de la vie va avec la mort, avec l’idée que
celle-ci s’arrêtera un jour (c’est ce qu’on nous dit en tout cas).
Le paradoxe de la vie et du présent :
On vit maintenant, mais personne n’existe lorsque nous sommes vivants. Mais qu’est-ce qu’il
raconte Misha ? Vous demanderez-vous en lisant ce sous-titre. C’est un paradoxe de la présence.
Le présent, c’est un moment qui n’a pas de durée, car celle-ci n’existe que dans un temps présent
que nous avons déjà vécu, donc un passé. Quand nous sommes présents, nous n’en avons pas
conscience, nous sommes simplement présents. Si nous prenons conscience de notre présence,
nous faisons déjà un pas en arrière à propos de ce que nous vivons, et nous constatons
ce que nous avons vécu. Ce décalage nous fait exister, nous nous situons dans le temps
et l’espace. Mais pendant le “mouvement”, qui lui est présence (Denis Cerclet, année),
nous ne pouvons pas être absents. Donc lors de ce présent, synonyme de vie, de vivant,
donc de mouvement, nous vivons, mais nous n’en prenons conscience et nous existons donc
qu’après.
Toutes ces réflexions nous amènent à l’existence, sujet traité depuis toujours par la
philosophie, et donc la question de l’être. Les philosophes qui traitèrent de cette
question, depuis Platon, jusqu’aux Lumières,
étaient en premier des moralistes.
Pourquoi la morale est importante dans la notion d’être selon moi ? Car le soi-disant
“bien” de St-Augustin, à qui ont attribut
la création chrétienne de la division manichéenne
du bien et du mal, n’était pas du tout vu de cette manière par le philosophe, il ne reprenait
que l’idée, que les stoïciens avançaient déjà depuis longtemps qu’il y a de bonnes préoccupations
pour l’être humain et des mauvaises, mais surtout des façons intelligentes de vivre notre vie,
et des manières plus bêtes de le faire.
La bonne manière de vivre : être, la mauvaise : avoir.
Suite au prochain article …